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RDC : le Sénat scrute la stratégie monétaire de la BCC dans un contexte de transition financière

Le Gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC), André Wameso, a été auditionné le 28 avril 2026 par la Commission Économie, Finances et Bonne Gouvernance du Sénat, à Kinshasa, dans un contexte marqué par l’évolution des équilibres macroéconomiques et la mise en œuvre de nouvelles orientations monétaires.
Une évaluation parlementaire de la politique monétaire
Cette séance s’inscrit dans une logique de contrôle institutionnel des politiques économiques. Les sénateurs ont cherché à apprécier la cohérence des mesures engagées par l’institut d’émission et leur impact sur la stabilité financière, ainsi que sur le fonctionnement du système bancaire, notamment en matière de délais de transferts interbancaires domestiques.
Trois axes structurants pour la BCC
Dans son intervention, le Gouverneur Wameso a articulé son analyse autour de trois priorités.
Le premier axe concerne la résilience de l’économie congolaise, soutenue par un cadre macroéconomique jugé plus stable et une amélioration progressive des fondamentaux.
Le deuxième axe met en avant l’appréciation du franc congolais, présentée comme un facteur de modération des tensions inflationnistes et de consolidation du pouvoir d’achat en monnaie locale.
Le troisième axe porte sur les mesures de politique monétaire récemment adoptées. Parmi celles-ci figurent :
– l’encadrement des flux – en devises ;
– l’exclusivité accordée à la BCC pour l’importation de devises ;
– la promotion d’une circulation scripturale du dollar américain.
Conformité financière et enjeu GAFI
Les autorités monétaires ont également insisté sur les progrès réalisés dans le cadre des engagements pris auprès du Groupe d’action financière (GAFI). Près de 90 % des mesures requises auraient été mises en œuvre.
Ce niveau d’avancement constitue un signal important pour les investisseurs internationaux, la sortie des zones de vigilance du GAFI étant un facteur déterminant dans l’évaluation du risque pays et du coût du financement.

Entre encadrement et transition monétaire
La stratégie de la BCC vise à renforcer la traçabilité des flux financiers et à limiter les risques liés à l’utilisation des liquidités en devises.
Toutefois, le Gouverneur de la BCC a précisé que la détention de dollars par les particuliers reste autorisée, traduisant une approche progressive dans la conduite des réformes.
Les échanges avec les sénateurs ont également mis en avant les enjeux de souveraineté monétaire.
Les efforts engagés en matière de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme ont été salués comme essentiels pour la crédibilité du système financier.
Coordination des politiques économiques
Plusieurs interventions ont souligné la nécessité d’une meilleure articulation entre politique monétaire et politique budgétaire.
Cette coordination est jugée essentielle pour améliorer la transmission des mesures économiques et favoriser l’usage du franc congolais dans une économie encore fortement dollarisée.
Un enjeu clé pour les revenus miniers
Du point de vue des analystes, notamment dans le secteur extractif, la consolidation du cadre macrofinancier et la normalisation des circuits de paiement apparaissent comme des leviers essentiels pour mieux capter les recettes issues des exportations minières.
La sécurisation et la traçabilité des flux en devises permettraient de limiter les pertes de revenus et d’améliorer la mobilisation des ressources publiques, dans un contexte de cycle favorable des matières premières.
Crédibilité financière et accès aux marchés
Dans ce contexte, la récente émission d’un eurobond souverain par la République démocratique du Congo s’inscrit dans une stratégie de repositionnement sur les marchés internationaux.
Au-delà de la levée de fonds, cette opération constitue un test de crédibilité financière. Elle reste étroitement liée à la solidité du cadre macroéconomique et à la perception du risque par les investisseurs.
Une phase charnière pour la gouvernance économique
Cette audition traduit une phase de consolidation de la gouvernance macroéconomique en République démocratique du Congo.
La stratégie de la BCC repose sur un encadrement plus strict des flux financiers, tout en maintenant une certaine flexibilité pour accompagner la transition vers une utilisation accrue de la monnaie nationale.
L’enjeu central demeure la transformation de ces orientations en résultats tangibles : renforcement de la confiance, approfondissement du système financier et amélioration de l’efficacité des circuits de paiement.
Flory MUSISWA
















