Afrique
Afrique-Chine : le déficit commercial bondit à 36,8 milliards USD en 2026

Le déficit commercial de l’Afrique avec la Chine s’est fortement aggravé au cours des quatre premiers mois de 2026, atteignant 36,8 milliards de dollars, soit une hausse de 48,27 % par rapport à la même période de 2025. Cette évolution traduit une accélération des exportations chinoises vers le continent africain dans un contexte de recomposition des échanges mondiaux sous l’effet des tensions commerciales entre Pékin et Washington.
Selon les données publiées le 8 mai 2026 par l’administration générale des douanes chinoises, les exportations de la Chine vers l’Afrique se sont établies à 81,82 milliards de dollars entre janvier et avril 2026, enregistrant une progression de 28 % sur un an.
Dans le même temps, les importations chinoises en provenance du continent ont atteint 45,02 milliards de dollars, en hausse de 14,5 %.
Au total, les échanges commerciaux entre la Chine et l’Afrique ont culminé à 126,84 milliards de dollars durant les quatre premiers mois de l’année, soit une augmentation de 22,8 % comparativement à la même période en 2025.
En effet, cette aggravation du déficit commercial africain intervient dans un environnement international marqué par le durcissement des mesures protectionnistes américaines contre les produits chinois.
Face à la hausse des droits de douane imposés par les États-Unis, Pékin multiplie ses débouchés vers d’autres régions du monde, notamment l’Afrique, afin de compenser ses pertes de parts de marché sur le marché américain.
Cette stratégie d’expansion commerciale renforce davantage les déséquilibres structurels qui caractérisent les échanges sino-africains depuis plusieurs années.
En effet, les exportations africaines vers la Chine demeurent largement dominées par les matières premières à faible valeur ajoutée, notamment les minerais, les hydrocarbures et certains produits agricoles. À l’inverse, les produits exportés par la Chine vers l’Afrique sont principalement composés de biens manufacturés à forte valeur ajoutée, tels que les équipements industriels, les appareils électroniques, les véhicules ainsi que les technologies vertes.
Un libre accès au marché chinois aux effets limités
Pour répondre aux critiques croissantes sur le déséquilibre commercial avec l’Afrique, Pékin a mis en place plusieurs mesures d’ouverture commerciale.
Depuis le 1er décembre 2024, la Chine applique un tarif douanier nul sur 100 % des importations provenant des pays les moins avancés (PMA) entretenant des relations diplomatiques avec elle, dont 33 pays africains.
Cette mesure a été élargie depuis le 1er mai 2026 à l’ensemble des pays africains disposant de relations diplomatiques avec Pékin, y compris les économies à revenu intermédiaire.
Cependant, plusieurs experts estiment que ce démantèlement tarifaire reste insuffisant pour corriger les déséquilibres commerciaux structurels. La principale limite réside dans la faible industrialisation du continent et le manque de transformation locale des ressources minières et énergétiques.
Vers de possibles tensions commerciales
La montée des exportations chinoises vers l’Afrique pourrait également provoquer des tensions commerciales croissantes sur le continent.
Dans un rapport publié en décembre 2025, le cabinet Oxford Economics avait déjà averti qu’une nouvelle vague d’importations chinoises massives pourrait pousser plusieurs pays africains à adopter des mesures de protection de leurs industries locales.
Ces mesures pourraient prendre la forme de droits antidumping, de quotas d’importation ou encore de politiques industrielles destinées à promouvoir la production locale et la consommation des produits fabriqués sur le continent.
Pour de nombreux analystes, la réduction durable du déficit commercial africain avec la Chine passera avant tout par une transformation structurelle des économies africaines, axée sur l’industrialisation, la montée en gamme des exportations et la valorisation locale des matières premières.
AGNES KAYEMBE


















