Afrique
Afrique : Le marché du riz en pleine effervescence malgré une production encore insuffisante

Le riz s’impose progressivement comme l’un des piliers de la sécurité alimentaire africaine. En dix ans, sa consommation et ses importations ont connu une croissance fulgurante, portée par la démographie galopante, l’urbanisation et l’évolution des habitudes alimentaires. Mais la production locale, elle, peine encore à suivre le rythme.
Autrefois considéré comme une céréale secondaire, le riz est aujourd’hui devenu un aliment de base dans de nombreux pays africains.
Dans les villes, il s’est imposé comme un produit de première nécessité, apprécié pour sa facilité de préparation et sa polyvalence.
Depuis 2015, la consommation de riz sur le continent augmente sans discontinuer. Elle a franchi la barre des 40 millions de tonnes en 2021, puis celle des 45 millions de tonnes en 2024. Cette progression reflète l’explosion démographique du continent plus de 1,4 milliard d’habitants mais aussi la montée d’une classe moyenne urbaine de plus en plus tournée vers des produits transformés et importés.
Pour répondre à cette demande croissante, l’Afrique continue de dépendre massivement de l’étranger. Les importations de riz sont passées de 12,6 millions de tonnes il y a dix ans à 19,9 millions de tonnes en 2024, soit une hausse de plus de 50 %.
Un déficit…
L’Afrique de l’Ouest concentre la majeure partie de ces volumes. Le Nigeria, le Sénégal et la Côte d’Ivoire figurent parmi les plus gros importateurs du continent. Le riz importé provient principalement d’Asie notamment de Thaïlande, d’Inde et du Vietnam , ce qui rend les marchés africains particulièrement sensibles aux fluctuations des prix internationaux et aux restrictions d’exportation décidées par ces pays.
Malgré des efforts réels pour stimuler la production nationale, le continent peine à combler le déficit entre l’offre et la demande.
La production africaine de riz reste inférieure à 30 millions de tonnes, un niveau encore trop faible pour répondre aux besoins croissants des populations.
Plusieurs pays ont pourtant lancé des programmes ambitieux d’autosuffisance. Le Nigeria mise sur la relance des cultures locales à travers le financement d’exploitations et la distribution de semences améliorées.
Le Sénégal, de son côté, développe la vallée du fleuve Sénégal pour accroître les rendements. D’autres États, comme le Mali, la Guinée ou Madagascar, investissent dans l’irrigation et la mécanisation.
Mais ces initiatives se heurtent à des contraintes structurelles : manque d’infrastructures agricoles, accès limité au crédit, coût élevé des intrants, et insuffisance des capacités locales de transformation.
Face à la dépendance persistante, la plupart des Gouvernements africains ont fait de la souveraineté alimentaire un objectif prioritaire. Le Nigeria a restreint les importations pour encourager la production locale. Le Sénégal ambitionne d’atteindre l’autosuffisance d’ici 2030.
Bien plus qu’un produit
À l’échelle continentale, l’Union africaine a inscrit la production rizicole parmi les priorités du Programme détaillé de développement de l’agriculture africaine (PDDAA), avec pour objectif de réduire de moitié les importations à l’horizon 2035.
En dix ans, le riz est devenu bien plus qu’un produit de consommation : il représente désormais un enjeu géopolitique et économique majeur.
Le continent dispose pourtant d’atouts considérables : d’immenses terres arables, une main-d’œuvre jeune, des ressources hydriques abondantes et un marché intérieur en pleine expansion.
La réussite dépendra toutefois de la capacité des États à investir dans les infrastructures rurales, à moderniser les chaînes de valeur et à offrir un cadre incitatif aux producteurs.
À terme, si les efforts engagés se poursuivent, l’Afrique pourrait transformer sa dépendance en opportunité et devenir, dans les prochaines décennies, un acteur majeur du marché mondial du riz.
Pour l’heure, le défi reste entier : nourrir une population en pleine croissance tout en bâtissant une véritable souveraineté alimentaire.
Olivier KAFORO























