Finance
Godé Mpoyi : « La levée de l’Eurobond marque un retour frénétique de la RDC dans la finance internationale »

La République démocratique du Congo a marqué un tournant en accédant, le 9 avril 2026, aux marchés financiers internationaux avec une première émission d’Eurobonds de 1,25 milliard de dollars. Une opération structurante, qui ouvre de nouvelles perspectives de financement, mais relance aussi le débat sur la gestion de la dette publique.
Au cours d’un entretien à zoom-eco.net, le professeur Godé Mpoy a livré une lecture nuancée de cette opération.
Pour lui, cette levée de fonds traduit « un retour frénétique du pays dans la finance internationale », mais elle impose surtout une discipline accrue dans l’utilisation des ressources mobilisées.
« La RDC a besoin de capitaux pour financer son développement, mais elle doit adopter une bonne approche de mobilisation et surtout savoir les utiliser efficacement », insiste-t-il.
L’élu de Kinshasa rappelle que les 1,25 milliard USD levés ne constituent pas une fin en soi, mais un engagement supplémentaire à honorer, dans un contexte où la dette publique dépasse déjà les 9 milliards USD.
Un accès inédit aux marchés, encadré par des acteurs internationaux
L’opération a été structurée avec l’appui d’institutions financières de premier plan. La banque Citigroup a piloté le placement des titres auprès des investisseurs internationaux, avec un relais local assuré par Rawbank. Le conseil financier a été confié à Rothschild & Co, tandis que le cabinet juridique White & Case LLP a encadré les aspects légaux.
Ce dispositif technique, conforme aux standards internationaux, vise à renforcer la crédibilité de la signature congolaise sur les marchés.
Dans le détail, l’émission repose sur deux obligations :
Primo, 600 millions USD sur 5 ans, au taux de 8,75 % ;
Secundo, 650 millions USD sur 10 ans, avec un coupon de 9 %.
Des conditions jugées élevées, mais cohérentes avec le profil de risque du pays.
Risque perçu et exigences des marchés
La RDC est actuellement notée B3 par Moody’s, une catégorie dite spéculative. Cette notation reflète un environnement encore jugé fragile, notamment en raison des incertitudes sécuritaires et institutionnelles.
Autre point de vigilance : la présence du pays sur la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI). Celle-ci signale des insuffisances en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux.
Les autorités congolaises indiquent toutefois avoir réalisé près de 90 % du plan d’action exigé, avec des réformes en cours de consolidation.
Pour les investisseurs, ces éléments expliquent des taux proches de 9 %, traduisant une prime de risque encore élevée.
L’enjeu central : transformer la dette en levier de développement
Au-delà des paramètres financiers, le débat porte désormais sur l’utilisation des fonds.
Godé Mpoy insiste sur un point clé :
la réussite de cette opération dépendra du lien entre mobilisation des ressources et qualité des investissements.
Il alerte notamment sur les risques d’une mauvaise orientation des dépenses, en particulier dans les infrastructures, où la qualité et la rentabilité économique restent déterminantes.
Une position partagée par les experts
Cette lecture est également portée par le professeur Alexandre Nshue, spécialiste des questions économiques.
De son côté, il rappelle que l’accès aux marchés internationaux constitue une avancée importante, mais qu’il impose une exigence de performance accrue dans la gestion publique.
« Lever 1,25 milliard USD n’est pas une finalité, mais un engagement supplémentaire à honorer dans un contexte de dette déjà élevée. La question centrale reste l’utilisation de ces ressources », a-t-il noté.
Selon lui, l’Eurobond ne doit pas être perçu comme une ressource budgétaire ordinaire, mais comme un instrument stratégique. Sa pertinence dépendra de sa capacité à financer des projets productifs, générateurs de croissance et de recettes futures.
Cette position rejoint les analyses de plusieurs institutions internationales, dont la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, qui insistent sur la nécessité d’orienter l’endettement vers des investissements à fort rendement économique dans les pays à faible marge budgétaire.
Une équation décisive pour la trajectoire du pays
Avec un ratio de dette publique estimé à environ 18,5 % du PIB à fin 2024, la RDC conserve encore une capacité d’endettement. Mais cette marge reste conditionnée à la qualité de la gestion future.
L’équation est désormais clairement posée :
mobiliser des ressources, oui, mais surtout les transformer en croissance durable.
Comme le résume Godé Mpoy : « Qui paie ses dettes s’enrichit », à condition que ces dettes financent réellement le développement.
Dans le cas contraire, l’Eurobond pourrait rapidement devenir une contrainte budgétaire supplémentaire plutôt qu’un levier de transformation économique, assène un think tank basé en Afrique du Sud, consulté par zoom-eco.net sur la question.
Flory MUSISWA
























