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Monde : Une croissance limitée à 3,1 % en 2026, la guerre pouvant effacer jusqu’à 7 % du PIB en cinq ans

La croissance mondiale devrait ralentir à 3,1 % en 2026, avant un léger redressement à 3,2 % en 2027, selon le Fonds monétaire international (FMI). Ce niveau reste positif, mais il traduit une économie mondiale entrée dans une phase de fragilité durable, largement dominée par les tensions géopolitiques.
Présentées le 14 avril 2026 en présence de Kristalina Georgieva, ces prévisions s’appuient sur un constat : la guerre agit comme un choc économique profond, dont les effets dépassent largement le court terme.

Selon le Fonds Monétaire International (FMI), un conflit armé peut amputer jusqu’à 7 % du PIB d’un pays sur cinq ans. Dès la première année, l’activité recule en moyenne de 3 %. La perte ne se limite pas à un ralentissement temporaire. Elle correspond à une destruction durable de la capacité productive.
Les canaux sont connus. Les infrastructures sont touchées, les chaînes logistiques désorganisées et l’investissement recule sous l’effet de l’incertitude. En parallèle, les finances publiques se dégradent.
Les dépenses militaires augmentent en moyenne de 2,7 points de PIB lors des phases de réarmement, tandis que les déficits se creusent de 2,6 points.
Ce déséquilibre pèse sur la dette, au moment même où les conditions de financement deviennent plus contraignantes.
Les effets se diffusent ensuite à l’ensemble de l’économie mondiale, via le commerce, les prix de l’énergie et les mouvements de capitaux.
Dans ce contexte, l’Afrique conserve une croissance supérieure à la moyenne mondiale, mais sous contrainte.
Le continent devrait enregistrer 4,2 % en 2026, contre 4,5 % en 2025. En Afrique subsaharienne, la croissance est attendue à 4,3 %, un niveau qui reste solide en apparence.

Mais derrière ces chiffres, la situation financière se tend.
Selon la Banque mondiale, la dette publique en Afrique subsaharienne dépasse désormais en moyenne 60 % du PIB, contre environ 40 % une décennie plus tôt.
Dans plusieurs pays, le service de la dette absorbe une part croissante des recettes publiques.
Des cas concrets illustrent cette pression. Au Ghana, la crise de la dette a conduit à une restructuration en 2023, après une forte accumulation liée aux chocs externes.
En Zambie, le défaut sur la dette extérieure en 2020 a mis en évidence les limites d’un financement trop dépendant des marchés internationaux. Au Kenya, le service de la dette représente une part élevée des recettes, réduisant l’espace budgétaire.
Cette contrainte a des effets directs. Les États consacrent davantage de ressources au remboursement de la dette, au détriment des investissements publics. Les infrastructures, l’énergie ou les services sociaux sont souvent les premières variables d’ajustement.
Dans le même temps, les tensions inflationnistes persistent, notamment sur les produits alimentaires et l’énergie. Cela pèse sur le pouvoir d’achat et freine la demande intérieure, accentuant le ralentissement.
Enfin, le FMI souligne que même après la fin des conflits, les économies ne retrouvent pas rapidement leur trajectoire initiale. Les reprises sont lentes et incomplètes, car les pertes accumulées sont difficiles à compenser.

Au final, une croissance mondiale autour de 3 % et africaine autour de 4 % ne doivent pas être interprétées comme un signal de confort. Elles traduisent plutôt un équilibre sous pression, où la dette, le coût du financement et les chocs géopolitiques redéfinissent durablement les marges de manœuvre des États.
Flory MUSISWA
























