Santé
RDC : « Hôpitaux sans médecins », le Synamed accentue la pression sur le Gouvernement

Le bras de fer entre le Syndicat national des médecins (Synamed) et le Gouvernement congolais franchit une nouvelle étape.
Réunis en Assemblée générale à Kinshasa il y a quelques heures, les médecins des hôpitaux publics ont décidé de durcir leur mouvement de grève en lançant l’opération « Hôpitaux sans médecins », une action qui se déroulera du 7 au 16 juillet 2026 sur l’ensemble du territoire national, à l’exception des provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Cette nouvelle phase de la mobilisation intervient après plusieurs semaines de revendications restées, selon le syndicat, sans réponse satisfaisante des autorités.
Pour le Synamed, le Gouvernement n’a pas honoré les engagements pris en faveur de l’amélioration des conditions de travail et de rémunération des médecins du secteur public, malgré les différentes démarches entreprises pour relancer le dialogue social.
Le Secrétaire exécutif national du Synamed, Jhon Senga Lwamba, estime que le Gouvernement n’a pas donné suite aux instructions du président de la République, qui avait demandé à la Première ministre d’ouvrir des discussions avec les représentants des médecins.
Selon lui, cette absence de dialogue constitue un signal négatif envoyé à une profession qui fait face, depuis plusieurs années, à de nombreuses difficultés liées notamment aux conditions de travail, à la régularisation de la situation administrative de plusieurs praticiens et à l’amélioration de leur prise en charge salariale.
Pour le Bureau exécutif national du syndicat, cette situation justifie le maintien de la grève et le passage à une étape plus contraignante, avec le retrait des médecins des structures hospitalières publiques durant la période annoncée.
Malgré le durcissement du mouvement, le Synamed assure que les services essentiels continueront d’être garantis. Les services d’urgence ainsi que les banques de sang resteront opérationnels afin de répondre aux situations mettant en jeu le pronostic vital des patients.
Le syndicat indique également que la prise en charge des urgences sera organisée selon un système de polarisation de certains établissements hospitaliers, sous la coordination des médecins directeurs, des chefs de département et des chefs de staff. Cette organisation vise à limiter les conséquences les plus graves de la grève sur la population, tout en maintenant la pression sur les autorités.
Une nouvelle épreuve pour le système de santé
L’opération « Hôpitaux sans médecins » intervient dans un contexte où le système de santé congolais reste confronté à de multiples défis. Le manque de personnel qualifié, l’insuffisance des équipements médicaux, les difficultés d’approvisionnement en médicaments ainsi que le sous-financement chronique des structures sanitaires continuent d’affecter la qualité des soins offerts à la population.
La suspension des activités médicales dans les hôpitaux publics risque d’accroître la pression sur les établissements privés, dont les coûts demeurent souvent hors de portée pour une grande partie des ménages congolais.
Plusieurs patients pourraient ainsi voir leurs consultations, interventions chirurgicales programmées ou traitements reportés, avec des conséquences parfois importantes sur leur état de santé.
Contrairement au reste du pays, les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ne sont pas concernées par cette opération. Le syndicat n’a pas détaillé les raisons de cette exemption, mais ces provinces sont confrontées depuis plusieurs années à une situation sécuritaire et humanitaire particulièrement préoccupante, nécessitant le maintien d’une offre de soins aussi continue que possible.
Le Gouvernement attendu au tournant
À travers cette nouvelle démonstration de force, le Synamed cherche à pousser l’exécutif à reprendre les négociations et à apporter des réponses concrètes aux revendications des médecins.
Le syndicat appelle ses membres à respecter strictement les consignes de grève jusqu’à la satisfaction complète de leurs demandes. Cette nouvelle séquence sociale place désormais le Gouvernement face à un défi majeur : préserver la continuité des soins dans les hôpitaux publics tout en trouvant un compromis avec une profession qui estime ne plus être suffisamment entendue.
Les prochains jours seront déterminants pour savoir si cette montée de tension débouchera sur une reprise du dialogue ou sur un prolongement d’un conflit social dont les premières victimes pourraient être les patients.
Olivier KAFORO
























