Nation
RDC : La carte d’identité nationale, clef de voûte oubliée de l’émergence congolaise

TRIBUNE-Depuis plus de quarante ans, la République Démocratique du Congo navigue sans boussole identitaire. Aucun registre unique, aucune carte nationale moderne, aucune infrastructure fiable n’a permis à l’État d’identifier, de protéger et d’inclure sa population dans la vie économique et sociale.
Cette carence, longtemps perçue comme une simple lacune administrative, est en réalité une faillite stratégique qui coûte au pays des points entiers de croissance, des milliards de dollars de recettes fiscales et des générations entières de jeunesse laissées sans avenir.
Un pays sans identité, un État sans fondement
Un État moderne repose sur trois piliers :
1. la monnaie,
2. le territoire,
3. et l’identité de ses citoyens.
La RDC a une banque centrale pour sa monnaie, des forces armées pour son territoire, mais aucune infrastructure souveraine pour son identité.
Sans identité :
* les élections sont contestées,
* la fiscalité s’effondre,
* les subventions disparaissent dans des circuits opaques,
* la sécurité nationale est exposée à toutes les infiltrations.
L’économie prisonnière de l’informel
Aujourd’hui, plus de 80% de l’économie congolaise est informelle. Pourquoi ?
Parce que sans identité vérifiable :
* les banques ne peuvent pas ouvrir de comptes à grande échelle,
* les assurances ne couvrent pas les citoyens,
* les opérateurs de téléphonie subissent des fraudes massives,
* les investisseurs étrangers ne trouvent pas de terrain fiable pour développer des services
modernes.
Résultat : le secteur financier congolais ne pèse que 2 à 3 % du PIB, là où il dépasse 10% dans des pays voisins qui ont mis en place une identité nationale robuste (Nigeria avec son BVN, Ghana avec sa Ghana Card, l’Inde avec son système Adahar ). Chaque année, la RDC perd 10 à 15 milliards USD de potentiel économique faute d’une carte nationale d’identité moderne.
Un frein au développement humain
L’absence d’identité ne se traduit pas seulement en pertes économiques, mais aussi en drames humains :
* Santé : pas de couverture universelle car pas de base fiable de bénéficiaires.
* Éducation: fraude dans les examens et diplômes, impossibilité de suivre les élèves.
Protection sociale : fantômes bénéficiaires dans les programmes, exclus réels non servis.
Jeunesse : une génération connectée mais sans reconnaissance légale, exclue du crédit, du travail formel, de la mobilité.
Chaque jour sans carte nationale, c’est une jeunesse privée d’avenir et un État affaibli.
La tentation du saucissonnage: un risque mortel fragmentés, sans base légale claire selon les experts ayant vu le dossier dont les noms ne peuvent pas être mentionnés selon la sensibilité du dossier
– identité numérique gérée hors ONIP,
– Cartes biométriques pour étrangers confiées à des prestataires opaques,
– services d’authentification confiés à des sociétés sans expertise garantie de souveraineté.
Selon les experts, cette fragmentation reste extrêmement dangereuse : c’est comme confier la création monétaire à des banques privées concurrentes.
Une identité divisée est ouverte à la balkanisation numérique et administrative, l’a déclaré un expert congolais à la retraite et ancien haut fonctionnaire de l’État.
L’identité nationale n’est pas un projet informatique. C’est le projet central de souveraineté et de transformation :
Pour la gouvernance: un Fichier Général de la Population unique, fiable et exploitable.
Pour l’économie: inclusion financière de masse, digitalisation des services, fiscalité élargie.
Pour la sécurité nationale: contrôle des flux de population, lutte contre le terrorisme et les fraudes.
Pour la jeunesse: accès aux études, à la mobilité, au crédit et à l’emploi.
Sans carte nationale à puce sécurisée, la RDC restera bloquée dans le passé. Avec elle, elle peut devenir un acteur régional majeur dans l’économie numérique et financière.
Un appel à la décision politique
Selon les proches du dossier, l’ONIP a un projet qui a déjà été validé techniquement, financièrement et institutionnellement.
Il ne manque qu’une chose : une décision politique claire et ferme pour le placer au cœur de l’agenda gouvernemental, au-dessus des querelles de ministères et des intérêts privés.
La carte d’identité nationale est le projet de la décennie, celui qui déterminera si la RDC reste prisonnière de ses fragilités ou si elle s’élance vers la prospérité et la sécurité durable.
Bloquer ce projet, c’est bloquer l’avenir de nos jeunes, de notre économie et de notre état.
Lancer ce projet c’est bâtir la fondation du Congo nouveau : souverain, inclusif et prospère.
L’identité nationale est un investissement stratégique et régalien. C’est l’oxygène de l’économie moderne et circulaire, catalyseur de l’intégration régionale. Sans elle, la RDC suffoque. Avec elle, elle respire et grandit.
I. Kapangala
























