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RDC : Débat sur l’appréciation du CDF, Albert Tcheta-Bampa contre l’argumentaire de Laurent Mabiala !

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RDC : Débat sur l’appréciation du CDF, Albert Tcheta-Bampa contre l’argumentaire de Laurent Mabiala !

L’article mettant en exergue l’argumentaire du Professeur Laurent Mabiala, Docteur en Droit, spécialité en fiscalité, intitulé : «l’appréciation du taux de dollar américain sur le marché congolais est factice» publié par l’Agence Congolaise de Presse (ACP) alimente les débats sur Twitter. Le PhD. Albert Tcheta-Bampa, Professeur et Spécialiste en Economie du développement, a accepté de répondre aux 4 questions de Zoom Eco en rapport avec les arguments évoqués dans l’article précité. Il a souligné l’importance de la question soulevée et suggéré quelques remarques.

Zoom Eco : « L’appréciation du dollar américain par rapport au Franc congolais enregistrée régulièrement sur le marché congolais » est-elle « simplement imaginaire » et ne reflète-elle pas « la situation réelle de la valeur de la monnaie nationale » ?

Albert Tcheta-Bampa : Les propos de Monsieur Laurent Mabiala ne sont pas corrects. Parce que la dépréciation du Franc Congolais a des causes. Dans une analyse qui sera publiée prochainement, j’ai mis en évidence six déterminants pour expliquer cette dépréciation dans une expérience récente:

  • Les réserves internationales de la RDC demeurent inférieures au niveau requis sur le plan international pour protéger l’économie de l’impact des chocs exogènes. Ce bas niveau des réserves est la conséquence du déficit durable de la balance des transactions courantes. La dépréciation du taux de change est dès lors déterminée par le déficit de la balance des transactions courantes ;
  • Le choc inflationniste. Un déficit structurel des transactions courantes en RDC signifie une baisse de la valeur de la monnaie nationale et accentue les anticipations inflationnistes en permanence, et ce en raison du passé inflationniste instable du pays ;
  • La mauvaise technique d’intervention de la BCC sur le marché des changes. En effet, malgré l’amenuisement des réserves de change dû à l’affaiblissement durable de la position extérieure, la BCC intervient pour atténuer des fluctuations jugées excessives de son taux de change en liquidant ses maigres réserves de change ;
  • La prééminence de la politique budgétaire qui entraîne plus de la création monétaire. Celle-ci limite l’efficacité de la politique monétaire parce que les vulnérabilités budgétaires augmentent avec le tassement des recettes ;
  • Les prix administrés qui représentent une proportion relativement importante de l’Indice des Prix à la Consommation (IPC) et entretiennent l’inertie de l’inflation. La décision du gouvernement de réajuster ou d’indexer le salaire de fonctionnaire à un taux de 1 425 FC pour le mois de juillet, est un prix administré comme la fixation par le gouvernement précédent des prix de vente de certains produits alimentaires revus à la baisse (au mois de décembre, durant les fêtes) ;
  • La spéculation qui est une conséquence d’inefficacité de la BCC dans sa lutte contre la dépréciation. La BCC n’est pas crédible et est anticipée par les agents économiques du secteur privé en laissant revenir la dépréciation. Les anticipations de dépréciation sont fortes, puisque les agents économiques anticipent le fait que la BCC n’empêchera pas le retour de la dépréciation, ce qui conduit à une forte dépréciation effective. Ce manque de crédibilité de la BCC sur l’objectif de stabilité du taux de change amplifie par la suite les pressions spéculatives.

ZE : Que pensez-vous de cette phrase de Professeur Laurent Mabiala : «La dépréciation du Franc congolais n’était pas la vraie, c’était de la spéculation créée par les opérateurs économiques qui sont en même temps les opérateurs politiques» ?

ATB : Oui, la spéculation est créée par les intervenants dans le marché des changes mais je ne sais pas si ces intervenants sont aussi les politiciens. C’est qui est vrai, c’est qu’une partie des dernières variations du taux de change est irrationnelle, et ne reflète pas la réalité économique. Ce que Laurent Mabiala a dit, il y a une part d’irrationnel. Mais, il a mal présenté ce fait. En effet, tous les opérateurs sur le marché des changes savent que la montée de la dépréciation du Franc Congolais pèse sur la balance des paiements qui doit être compensée par la vente des maigres réserves en devises ou des restrictions de change qui nuisent à l’activité des banques commerciales. Il serait déraisonnable pour les agents de s’attendre à ce que le taux de change courant soit maintenu pour toujours.

Pour les agents économiques, de toute façon, les autres vont vendre le Franc Congolais et donc, il faut s’en débarrasser avant qu’il ne se déprécie encore plus. Il en résulte que tout le monde vend le Franc Congolais en même temps, ce qui engendre une sur-réaction, tout d’un coup, le Franc Congolais se met à nouveau à se déprécier et, in fine, les anticipations deviennent auto-réalisatrices. Il s’agit d’un comportement mimétique : chaque agent part de l’idée qu’il se fait de l’opinion moyenne. Les individus qui agissent dans ce contexte sont donc influençables et sensibles aux rumeurs.

ZE : Selon vous, la vraie dépréciation ne devait-t-elle pas entraîner la hausse des prix en proportions égales avec le taux pratiqué ?

ATB : Les prix n’ont pas augmenté parce qu’une partie de l’inflation n’est pas liée à cette dépréciation. On sait que l’inflation en RDC peut avoir plusieurs causes. Elle proviendrait notamment (i) des problèmes de financement des entreprises (insuffisance des crédits bancaires) qui poussent ces entreprises à augmenter leur prix pour financer par elles-mêmes les investissements ; (ii) de la politique monétaire ; et (iii) de l’inflation dite « importée » quand les prix des importations augmentent par rapport aux prix internes.

Depuis début 2016 on constate que l’impact de la politique monétaire sur l’inflation est mitigé : l’inflation induite baisse, par contre l’inflation structurelle augmente. Les mesures monétaires combattent uniquement, et partiellement, les effets du mécanisme de propagation de l’inflation induite par la dépréciation, mais non l’origine du mal. Une partie des effets de chocs de l’inflation par les coûts  semblent être régulés par l’augmentation des prix des produits cuprifères  (cuivre, cobalt…) depuis le début de l’année 2017 et pourraient ne pas durer donc longtemps. Par ailleurs, les cours pétroliers n’ont pas beaucoup augmenté par rapport au cours des produits cuprifères et demeurent aujourd’hui à des niveaux très bas. Cette situation est hautement favorable aux pays importateurs nets de pétrole comme la RDC, dont la facture énergétique se trouve soudainement allégée. L’inflation sous-jacente persiste face aux tentatives des méthodes monétaires parce qu’elle est compatible avec la tendance à la hausse du coût des facteurs de production qui provient des attentes à moyen terme et long terme de l’inflation dans l’esprit des ménages et des entreprises. Enfin, les problèmes du système bancaire congolais (insuffisance des crédits bancaires) laissent à penser que le phénomène d’inflation induit par le financement de l’investissement a certainement été important en RDC.

La BCC fait de la lutte contre l’inflation son objectif principal, mais elle ne tient pas compte de ces différentes causes de l’inflation. Ses mesures monétaires se fondent sur les taux d’inflation globale qui sont instables en RDC, souvent à cause de fortes fluctuations des prix des produits de base ou des produits alimentaires. Du fait de cette instabilité d’un indice clé d’évolution des prix, les autorités de l’économie peuvent éprouver des difficultés à apprécier correctement la situation sous-jacente de l’inflation et ses perspectives d’évolution.

Pour lutter efficacement contre l’inflation, la BCC peut donc s’appuyer sur le taux d’inflation fondamentale, qui exclut ou minimise les variations les plus instables des prix de façon à mettre en lumière les composantes sous-jacentes, plus durables, c’est-à-dire structurelles.

ZE : Comment appréciez-vous la proposition de Laurent Mabiala selon laquelle « pour pallier à la rareté des devises, il conseillé aux Congolais de consommer  dans l’espace OHADA des produits tels que les haricots le maïs, le fufu, les beignets et les pains à la place des chinchards (mpiodi), et autres qui épuisent les devises à cause des importations » ?

ATB : A mon avis Cette recommandation n’est pas appropriée car, la dépréciation du taux de change s’est déjà répercutée sur les prix à la consommation par l’influence qu’elle a sur la demande de produits intérieurs depuis plusieurs mois. En effet, en RDC la transmission des variations du taux de change aux prix à la consommation et très élevée. Cette forte transmission du taux de change vers l’inflation se fait de la manière suivante.

Dans un premier temps, le taux de change nominal affecte le prix domestique des biens importés qui entre dans l’IPC. En effet, les mouvements du taux de change se répercutent d’abord sur les prix à l’importation. Ceci s’observe directement par le canal de renchérissement des prix des biens importés qui entre dans l’IPC. Les variations des prix à l’importation influent enfin sur les prix à la consommation. La mesure dans laquelle ces changements se transmettent à l’indice des prix à la consommation dépend de la part qu’occupent les biens importés dans le panier de consommation. La RDC importe plus de produits qu’elle en produise. Le fait que l’économie congolaise est plus dépendante de l’extérieur, la dépréciation du change a toujours des répercussions d’autant plus marquées sur les prix domestiques.

A RE(LIRE) : L’appréciation du taux de dollar américain sur le marché congolais est factice, selon le Pr Laurent Mabiala

Dans un deuxième canal, le taux de change réel affecte le prix relatif entre biens domestiques et étrangers qui affecte la demande pour les biens domestiques et ainsi la demande globale et l’inflation.  En effet, même si l’économie est moins diversifiée et importe plus, la variation du taux de change se répercute également sur les prix à la consommation par l’influence qu’elle a sur la demande de produits intérieurs. Du fait d’un changement du prix relatif entre biens domestiques et biens étrangers, une dépréciation donnant ainsi lieu à une majoration du prix des biens importés fait augmenter la demande de biens produits nationaux (produits alimentaires, les ciments, et tous les produits cités par professeur Laurent Mabiala) qui concurrencent les importations.

Enfin, dans le troisième canal, parce que la dépréciation du taux de change augmente les prix des biens d’importation concurrents et exportables, elle peut exercer une pression sur les salaires en raison de son effet sur le coût de la vie. L’évolution du taux de change devient ainsi un signal important pour les anticipations d’inflation. Une dépréciation du change va amener en effet, les agents privés à réviser leurs anticipations d’inflation à la hausse, qui vont se répercuter sur les prix intérieurs et les salaires nominaux. En augmentant, les salaires poussent encore davantage à la hausse du niveau général des prix de l’économie.

Zoom Eco

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