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Afrique : Le marché des agrochimiques attendrait 15,08 milliards USD d’ici 2031

Le marché africain des produits agrochimiques poursuit sa dynamique haussière. Selon un rapport publié fin janvier par Mordor Intelligence, sa valeur devrait passer de 12,21 milliards de dollars en 2025 à 15,08 milliards en 2031, soit un taux de croissance annuel composé (TCAC) de 4,32 %.
Intitulé « Africa Agrochemicals Market Size & Share Analysis: Growth Trends and Forecast 2026-2031 », le document met en avant plusieurs moteurs structurels. Parmi eux ,la pression accrue des ravageurs liée au changement climatique, la hausse de la demande alimentaire portée par la croissance démographique, ainsi que l’expansion des programmes publics de subventions facilitant l’accès des petits exploitants aux intrants agricoles.
Dans plusieurs régions, la variabilité climatique favorise la prolifération de nuisibles comme la chenille légionnaire d’automne (Spodoptera frugiperda), affectant fortement les rendements, notamment du maïs. À cela s’ajoute la persistance du striga dans les zones céréalières, incitant les agriculteurs à recourir davantage à des solutions de lutte chimique intégrée.
Face à ces défis, certains pays comme le Kenya, le Ghana et l’Éthiopie ont déployé des mécanismes d’intervention rapide, appuyés par des systèmes régionaux de surveillance des ravageurs. Parallèlement, les entreprises agricoles intensifient le développement d’insecticides ciblés, tandis que des outils numériques permettent un suivi en temps réel des infestations.
La progression du marché est également soutenue par des politiques publiques orientées vers le renforcement de la production agricole. Plusieurs États investissent dans la fabrication locale d’engrais, tandis que l’exode rural accentue le recours aux herbicides et pesticides pour compenser la baisse de la main-d’œuvre.
Des initiatives comme le Africa Fertilizer Financing Mechanism, piloté par la Banque africaine de développement, contribuent à améliorer l’accès aux intrants via des mécanismes de financement innovants. La Tanzanie, par exemple, a instauré un système de garantie de crédit facilitant l’approvisionnement en engrais, complété par des solutions digitales (bons électroniques, mobile money) réduisant les inefficacités logistiques.
En parallèle, les systèmes de récépissés d’entrepôt se généralisent dans des pays comme le Ghana, le Kenya et la Tanzanie. Ces dispositifs permettent aux agriculteurs d’utiliser leurs stocks comme garanties pour accéder au crédit, améliorant ainsi leur trésorerie et stimulant la demande en produits phytosanitaires.
Les engrais dominent, les régulateurs de croissance en forte progression
En 2025, les engrais représentaient 50,55 % du marché africain des agrochimiques, portés par leur rôle clé dans la correction des carences des sols et l’amélioration des rendements. Les formulations azotées restent essentielles pour les cultures céréalières, tandis que les apports en phosphore et en potassium gagnent du terrain dans une logique de nutrition équilibrée.
Toutefois, ce sont les régulateurs de croissance des plantes qui devraient enregistrer la croissance la plus rapide, avec un TCAC estimé à 6,8 % sur la période 2026-2031, grâce à leur capacité à améliorer la tolérance au stress et le potentiel de rendement.
Le segment des pesticides demeure également dynamique, dominé par les herbicides en raison du manque de main-d’œuvre et de la résistance accrue des mauvaises herbes. La demande en insecticides progresse sous l’effet des infestations, tandis que les fongicides gagnent du terrain dans les filières horticoles. Les adjuvants, bien que marginaux, s’imposent progressivement avec l’essor de l’agriculture de précision.Sur le plan géographique, l’Afrique du Sud concentrait 17,72 % du marché en 2025, grâce à des infrastructures logistiques avancées et un accès facilité au financement agricole. L’Éthiopie devrait toutefois afficher la croissance la plus soutenue d’ici 2031 (TCAC de 6,49 %), portée par des ambitions d’autosuffisance en engrais et des investissements dans la production locale d’ammoniac.
Le marché reste dominé par quelques multinationales, dont Bayer AG, BASF, Corteva Agriscience, UPL Limited et Syngenta Group, qui détenaient ensemble 44,2 % des parts en 2024. Cette concentration modérée ouvre néanmoins des perspectives aux acteurs locaux innovants, à l’image de Apollo Agriculture, qui combine fintech et services agronomiques pour atteindre directement les petits producteurs.
Des contraintes structurelles persistantes
Malgré ces perspectives favorables, le marché reste confronté à plusieurs obstacles : le coût élevé des intrants pour les petits exploitants, notamment dans les pays enclavés où le transport peut représenter jusqu’à 50 % du prix final, la circulation de produits contrefaits et la lenteur des procédures d’homologation, souvent liée à des cadres réglementaires obsolètes.
Autant de défis qui pourraient freiner une expansion plus rapide d’un secteur pourtant stratégique pour la sécurité alimentaire du continent.
AGNES KAYEMBE






















