Afrique
Corridor de Lobito : 553 millions USD, un axe stratégique qui rebat les cartes africaines

Les États-Unis passent de la parole aux actes. L’International Development Finance Corporation (DFC) a signé un accord de prêt de 553 millions de dollars avec le consortium chargé de développer le corridor de Lobito, concrétisant une promesse formulée sous la présidence de Joe Biden et désormais mise en œuvre par l’administration Trump. Le signal est clair : cette infrastructure est devenue un enjeu géostratégique majeur pour Washington en Afrique.
La signature, intervenue le 17 décembre 2025, a réuni les dirigeants de Trafigura et Mota Engil, concessionnaires du corridor, ainsi que les autorités angolaises et américaines. À ce financement s’ajoute un prêt de 200 millions de dollars de la banque sud-africaine DBSA, renforçant la crédibilité financière du projet.
L’objectif est ambitieux. Le prêt doit permettre la réhabilitation du port minéralier de Lobito et d’environ 1.300 kilomètres de voie ferrée, afin d’acheminer plus efficacement les minerais de la République Démocratique du Congo.
À terme, renseignent les prévisions, la capacité annuelle passerait à 4,6 millions de tonnes, avec une réduction de 30 % des coûts logistiques. Le gain de temps est spectaculaire : deux jours par rail, contre quarante-cinq jours par la route pour le cuivre et le cobalt congolais.
Derrière l’infrastructure, se joue une rivalité sino-américaine autour des minéraux critiques. Pékin avance ses pions avec la réhabilitation de la ligne TAZARA, reliant la Zambie au port de Dar es Salaam.
Washington, lui, parie sur Lobito pour influencer les chaînes d’approvisionnement africaines, encore largement dominées par la Chine.
Pour les experts, l’initiative est porteuse, mais soulève une question centrale : les pays africains sauront-ils en tirer pleinement profit ? La RDC, qui concentre certaines des plus grandes réserves mondiales de cuivre et de cobalt, dispose d’un levier exceptionnel.
Encore faut-il aller au-delà du simple transit de minerais bruts. Sans politiques industrielles, diversification des opérateurs et montée en gamme locale, le corridor risque de reproduire un schéma ancien.
Lobito peut devenir un catalyseur de transformation économique régionale. À condition que l’Afrique cesse d’être spectatrice et s’impose comme acteur stratégique de la valeur qu’elle transporte.
Flory MUSISWA
























