Afrique
Rémi Maréchaux : « l’Afrique gagnerait à miser sur l’intégration économique pour bâtir la stabilité »

L’Ambassadeur de France en RDC, Rémi Maréchaux, plaide pour une intégration économique africaine portée par la paix et la solidarité régionale. Il soutient l’accord de Washington comme une première étape vers une stabilisation durable de la région des Grands Lacs.
Dans une interview à Kinshasa, l’Ambassadeur de France en République Démocratique du Congo, Rémi Maréchaux, a réaffirmé son soutien au projet panafricain en le plaçant dans une perspective de croissance partagée et de paix durable.
Selon lui, comme l’Union européenne a permis à l’Europe de tourner la page des guerres fratricides, l’Afrique gagnerait à miser sur l’intégration économique pour bâtir la stabilité.
« Avant l’Union européenne, l’Europe était un continent de violence. C’est en mettant en commun nos ressources et nos économies que nous avons rendu la guerre impossible sur notre sol. », rappelle Rémi Maréchaux, évoquant la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) née en 1951.
Ce modèle d’intégration régionale inspire aujourd’hui la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), portée par l’Union Africaine comme pierre angulaire du projet panafricain. Et dans ce processus, la RDC occupe une position centrale.
« Sans la RDC, l’intégration économique africaine est impossible », insiste l’Ambassadeur français, soulignant le rôle stratégique du pays en matière de ressources naturelles, de connectivité géographique et de poids démographique.
Mais cet avenir panafricain, selon Rémi Maréchaux, ne pourra se réaliser sans paix durable à l’Est de la République Démocratique du Congo. C’est pourquoi il a fait de cette mission une priorité de son mandat diplomatique.
« Il faut contribuer par tous les moyens possibles à ramener la paix dans cette région meurtrie depuis des décennies », a-t-il affirmé.
Dans cette dynamique, la France se prépare à organiser début septembre 2025 une conférence internationale pour la prospérité et la paix dans la région des Grands Lacs. Elle viendra en appui à l’accord de Washington, signé récemment entre plusieurs parties impliquées dans la crise sécuritaire, notamment la RDC, le Rwanda, l’Ouganda, et des partenaires internationaux.
L’Ambassadeur de la France en RDC reconnaît que l’accord de Washington ne résout pas toutes les causes profondes du conflit. Mais il en salue la portée symbolique et politique.
« C’est une première étape, mais ce qui est important, c’est qu’il crée une dynamique. », dit-il.
La conférence de Paris, en préparation, vise à renforcer cette dynamique en réunissant des acteurs régionaux et internationaux autour d’axes clés : la réponse humanitaire, le soutien aux populations déplacées, et surtout la relance de l’intégration régionale. L’idée est de consolider les acquis diplomatiques tout en traçant des pistes concrètes vers une stabilité durable.
Partager les richesses, pas les conflits
En réponse à certaines perceptions d’exploitation étrangère, Rémi Maréchaux nuance : « Je ne crois pas à une coalition internationale organisée pour piller la RDC. Mais oui, il y a des entreprises internationales qui profitent de la crise et de la faiblesse de l’État. »
C’est pourquoi il appelle à une gouvernance renforcée, à une meilleure maîtrise des ressources et à un partage régional des richesses, dans l’esprit du projet panafricain.
« Les richesses du Congo doivent bénéficier à la sous-région. C’est une conviction partagée, notamment par des dirigeants français comme Nicolas Sarkozy. », conclut-il.
Mitterrand MASAMUNA
























