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Economie

RDC : la souveraineté alimentaire au cœur d’un tournant économique majeur

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Certaines décisions législatives ne relèvent pas d’un secteur, mais d’une orientation nationale.

Le texte de proposition de loi agricole vote cette semaine. Derrière la réforme agricole se joue en réalité un enjeu plus large, celui de la capacité du pays à assurer sa stabilité économique dans un environnement mondial de plus en plus incertain. Le constat, lui, est sans ambiguïté.

La République démocratique du Congo consacre chaque année plus de 2 milliards de dollars à l’importation de denrées alimentaires essentielles céréales, huiles, produits carnés , alors qu’elle dispose d’un des potentiels agricoles les plus vastes du continent, avec près de 80 millions d’hectares cultivables, largement sous-exploités, pour un taux d’exploitation agricole de 10% seulement.

Ce décalage ne relève pas d’un manque de ressources, mais d’un défaut d’organisation.

Une trajectoire inversée

La situation actuelle tranche avec celle qui prévalait quelques décennies plus tôt.

Dans les années 1960 à 1980, l’agriculture (30-40% des revenus) constituait un pilier de l’économie congolaise.

Les exportations de café, de cacao, de coton ou encore d’huile de palme participaient à l’équilibre des comptes extérieurs et à la structuration des territoires.

Le cas de l’huile de palme illustre à lui seul cette inversion.

Issue du bassin du Congo, cette culture a été développée à grande échelle en Malaisie et en Indonésie, désormais leaders mondiaux avec plus de 80 % de la production mondiale.

Le pays qui en a vu naître la filière dépend aujourd’hui des importations pour satisfaire sa propre consommation.

Une exposition directe aux chocs internationaux

Cette dépendance n’est pas sans conséquence. Elle place l’économie congolaise en position d’exposition permanente face aux fluctuations mondiales.

Les tensions géopolitiques récentes en offrent une illustration. La guerre en Ukraine a bouleversé les circuits d’approvisionnement en céréales, tandis que les tensions au Iran ont contribué à renchérir les coûts de l’énergie et des intrants agricoles.

Dans ce contexte, importer revient à importer aussi l’instabilité. Les hausses de prix observées sur les marchés internationaux se répercutent directement sur les ménages congolais, accentuant la pression inflationniste et fragilisant le pouvoir d’achat.

Une réforme pour structurer l’économie

C’est précisément cette vulnérabilité que la proposition portée par l’honorable Kengo wa Dondo Mokandakese Marie-Claire, responsable de la sécurité alimentaire, entend corriger.

Le texte introduit la notion de produits agricoles prioritaires, marquant un tournant dans la manière d’appréhender le secteur. Il ne s’agit plus d’accompagner une activité diffuse, mais de bâtir une stratégie articulée autour de filières clés ,riz, manioc, maïs, huile de palme , capables de soutenir à la fois la sécurité alimentaire et la création de valeur.

L’ambition est d’organiser la production, structurer les chaînes de transformation et réduire la dépendance extérieure.

Redéfinir le modèle économique

Au-delà de ses aspects techniques, la réforme pose une question fondamentale :
quel modèle économique la RDC souhaite-t-elle privilégier ?
Un modèle fondé sur l’importation, exposé aux aléas internationaux (guerres, covid…), ou une économie capable de produire, transformer et sécuriser ses approvisionnements ?

Les implications sont directes :
• produire localement, c’est réduire la pression sur les devises
• investir dans l’agriculture, c’est créer des emplois
• structurer les filières, c’est renforcer la résilience économique

Une décision structurante

Dans un contexte mondial marqué par la volatilité des marchés et la multiplication des crises, la question alimentaire ne peut plus être dissociée des enjeux économiques.
Elle conditionne la stabilité monétaire, la cohésion sociale et, à terme, la souveraineté nationale.

Le vote attendu au Parlement ne se limite donc pas à l’adoption d’un texte sectoriel. Il engage une orientation stratégique. Car au fond, la question posée est simple :
un pays peut-il durablement assurer son développement sans maîtriser sa capacité à se nourrir ?
C’est à cette interrogation que les décideurs congolais sont désormais appelés à répondre.

AGNES KAYEMBE

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