Afrique
Soudan en guerre : vers une stagnation économique avec une croissance attendue de 0,7 % en 2026

Soudan, pays qui a vu émerger Mamoun Beheiry, premier président de la BAD, s’enfonce aujourd’hui dans un conflit armé aux répercussions économiques profondes.
Entre 2023 et 2026, l’évolution des agrégats macroéconomiques met en évidence une dégradation rapide des fondamentaux, révélant les fragilités structurelles d’une économie confrontée à la guerre.
Au lendemain du coup d’État de 2021, la transition politique soudanaise s’est progressivement enlisée, jusqu’à basculer en avril 2023 dans un conflit ouvert entre l’armée régulière, dirigée par Abdel Fattah al-Burhan, et les Forces de soutien rapide (RSF) de Mohamed Hamdan Daglo. Cette guerre, centrée sur le contrôle du pouvoir, de l’appareil militaire et des ressources stratégiques, notamment l’or, s’inscrit dans une logique de rivalité interne exacerbée par des soutiens extérieurs.
Les implications humaines et économiques sont majeures. Selon les estimations internationales, près de 30 millions de personnes ont besoin d’assistance humanitaire, tandis que plus de 13 millions ont été déplacées, faisant de cette crise l’une des plus graves au monde.
Sur le plan économique, le choc est brutal : le PIB s’est contracté d’environ 40 % en 2023, puis encore de 28 % en 2024, traduisant un effondrement du tissu productif.
En 2026, les projections du FMI indiquent une croissance réelle limitée à 0,7 %, signe d’une économie en quasi-stagnation.
Dans le même temps, l’inflation demeure extrêmement élevée, autour de 75 %, dans un contexte marqué par la désorganisation des chaînes d’approvisionnement, la pénurie de biens essentiels et la montée de l’économie informelle.
Les finances publiques illustrent également cette fragilité. Les recettes de l’État ne représentent plus qu’environ 6,2 % du PIB, contre des dépenses estimées à 9,9 %, accentuant la dépendance du pays à l’aide internationale. Celle-ci, bien que massive en théorie, avec des besoins évalués à près de 6 milliards USD, reste insuffisante face à l’ampleur de la crise.
Selon des analyses récentes du FMI, les effets cumulés du conflit pourraient entraîner une perte pouvant atteindre jusqu’à 7 % du PIB sur cinq ans, confirmant l’impact durable de la guerre sur les fondamentaux économiques, notamment au Soudan.
Ce contraste est d’autant plus marquant au regard de la trajectoire historique du pays.
Dans les années 1960, le Soudan apparaissait comme une économie agricole structurée, avec un PIB par habitant estimé entre 140 et 180 USD, portée par des projets comme le Gezira et une planification économique organisée.
Sans être une puissance dominante, le pays occupait une position crédible dans le paysage économique africain, au point de fournir le premier président de la Banque africaine de développement.
Aujourd’hui, cette position s’est inversée. L’économie soudanaise est caractérisée par une désarticulation profonde, où les agrégats macroéconomiques subsistent mais ne reflètent plus une activité réelle structurée. La baisse du commerce, estimée à -23 %, et la chute des recettes publiques, pouvant atteindre -80 %, témoignent de cette rupture.
Face à cette situation, plusieurs analystes appellent à une mobilisation accrue des institutions africaines, notamment la Banque africaine de développement et l’Union africaine, afin de contribuer à la stabilisation du pays et à la relance de son économie.
Flory MUSISWA






















