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Afrique : pourquoi Pékin freine l’offensive aurifère de 4 milliards USD de Zijin Mining

L’annonce du report du rachat du groupe canadien Allied Gold par le géant chinois Zijin Mining ne constitue pas un simple contretemps administratif. Derrière ce décalage de trois mois se dessinent des enjeux stratégiques majeurs touchant à la politique minière chinoise, à la compétition mondiale pour les ressources aurifères et à l’évolution du climat d’investissement en Afrique.
Alors que l’or atteint des niveaux historiquement élevés sur les marchés internationaux et que les grandes puissances cherchent à sécuriser leurs approvisionnements en ressources stratégiques, l’hésitation de Pékin révèle les nouvelles prudences qui accompagnent désormais les ambitions mondiales des groupes miniers chinois.
Pour Zijin Mining, l’acquisition d’Allied Gold représente bien davantage qu’une simple opération de croissance externe.
Le groupe chinois s’est fixé un objectif ambitieux : porter sa production d’or à 140 tonnes par an d’ici 2028, contre environ 73 tonnes actuellement. Pour atteindre cette cible, plusieurs spécialistes s’accordent à dire que la croissance organique ne suffira pas. Ils estiment que l’entreprise doit mettre la main sur des actifs capables d’ajouter rapidement plusieurs dizaines de tonnes à son portefeuille. C’est précisément ce qu’offre Allied Gold.
Il convient de noter qu’avec les mines d’Agbaou et de Bonikro en Côte d’Ivoire, de Sadiola au Mali et le projet Kurmuk en Éthiopie, le groupe canadien dispose d’un ensemble d’actifs susceptibles de produire près de 800 000 onces d’or par an à l’horizon 2029, soit plus de 22 tonnes annuelles.
Pour Zijin Mining, cette acquisition constituerait l’une des plus importantes opérations aurifères jamais réalisées par une société chinoise en Afrique.
Pourquoi Pékin s’interroge
Selon les informations rapportées par le Financial Times, les autorités chinoises, notamment la Commission nationale du développement et de la réforme (NDRC), examineraient de près les conditions financières de l’opération.
Deux préoccupations semblent dominer.
Le prix payé
Avec une valeur d’environ 4 milliards USD, l’opération représente une prime significative par rapport à la valorisation historique d’Allied Gold.
Les autorités chinoises craignent de plus en plus que certaines entreprises nationales, dans leur volonté d’acquérir des ressources à l’étranger, ne surpaient des actifs dont la rentabilité future pourrait être compromise par des facteurs géopolitiques ou réglementaires.
Cette prudence contraste avec la stratégie agressive qui caractérisait les investissements chinois à l’étranger durant les années 2000 et 2010.
Aujourd’hui, Pékin privilégie davantage la rentabilité et la sécurité des investissements que la simple expansion géographique.
Le risque malien
La seconde préoccupation concerne le Mali.
La mine de Sadiola représente près de la moitié de la production actuelle d’Allied Gold. Or, le pays traverse une période de profondes mutations dans son secteur minier.
L’adoption du nouveau Code minier de 2023 a renforcé la participation de l’État dans les projets miniers et accru les exigences fiscales imposées aux compagnies étrangères.
Les tensions observées ces derniers mois entre les autorités maliennes et plusieurs grands groupes internationaux ont envoyé un signal clair aux investisseurs : les règles du jeu évoluent rapidement.
Pour Pékin, la question est simple : les revenus futurs de Sadiola justifient-ils le prix payé aujourd’hui ?
L’Afrique au cœur de la nouvelle ruée vers l’or
Cette opération illustre également une tendance plus large : le retour de l’Afrique au centre de la stratégie mondiale des producteurs d’or.
Depuis 2023, la hausse spectaculaire des cours de l’or, alimentée par les incertitudes géopolitiques, les tensions commerciales et les achats massifs des banques centrales, a relancé l’intérêt pour les grands gisements africains.
L’Afrique représente encore près de 30 % des réserves mondiales d’or inexploitées.
Des pays comme le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Mali, la Tanzanie ou encore l’Éthiopie attirent désormais les plus grands groupes miniers du monde.
Pour la Chine, l’Afrique constitue un terrain particulièrement stratégique.
Contrairement à l’Australie, au Canada ou aux États-Unis, où les acquisitions chinoises font souvent l’objet de contrôles renforcés pour des raisons de sécurité nationale, plusieurs juridictions africaines demeurent ouvertes aux capitaux asiatiques.
Une nouvelle doctrine chinoise pour les matières premières
Le dossier Allied Gold révèle également une évolution importante de la politique économique chinoise.
Depuis quelques années, Pékin exerce un contrôle beaucoup plus étroit sur les acquisitions internationales de ses entreprises.
Cette approche répond à plusieurs objectifs :
limiter les sorties excessives de capitaux ;
éviter les acquisitions jugées spéculatives ;
protéger les groupes chinois contre les risques géopolitiques ;
concentrer les investissements sur les actifs les plus stratégiques.
Cette logique s’applique déjà au cuivre, au lithium, au cobalt et désormais à l’or.
La Chine demeure favorable à l’expansion de ses champions miniers, mais elle exige désormais que chaque opération démontre une rentabilité claire et une maîtrise des risques.
Quels impacts pour l’Afrique ?
Pour les pays africains concernés, l’issue de cette opération sera suivie avec attention.
Une validation définitive renforcerait davantage la présence chinoise dans l’industrie aurifère du continent.
Elle confirmerait également la capacité de l’Afrique à attirer des investissements miniers de plusieurs milliards de dollars malgré un environnement réglementaire devenu plus exigeant.
À l’inverse, un abandon ou une renégociation significative de l’opération pourrait être interprété comme un signal d’alerte quant aux risques politiques ou fiscaux perçus par les investisseurs internationaux.
Les gouvernements africains cherchent aujourd’hui un équilibre délicat : accroître leur part des revenus miniers sans décourager les capitaux nécessaires au développement des projets.
Au-delà du cas Zijin-Allied Gold, cette transaction témoigne d’une compétition mondiale de plus en plus intense pour le contrôle des ressources aurifères.
Face aux incertitudes économiques mondiales, l’or retrouve pleinement son statut d’actif stratégique.
Les grandes compagnies minières multiplient les acquisitions pour sécuriser leurs réserves futures, tandis que les États cherchent à renforcer leur souveraineté sur les ressources naturelles.
Le report décidé jusqu’au 29 juillet ne remet probablement pas en cause l’opération. Il montre cependant que même les géants chinois ne peuvent plus se contenter d’une logique d’expansion rapide. Désormais, chaque milliard investi à l’étranger doit répondre à une équation plus complexe mêlant rentabilité financière, stabilité politique et intérêts stratégiques nationaux.
Pour l’Afrique, cette évolution pourrait marquer le début d’une nouvelle phase des investissements miniers : moins rapide, mais potentiellement plus sélective, plus prudente et plus exigeante.
Olivier KAFORO
























