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Bin Nassor Kasongo : « Le secteur minier ne peut pas être un champ de tension mais plutôt celui de convergence »

La Chambre des mines de la République Démocratique du Congo (RDC) fait face à une trilogie : entreprises minières, creuseurs artisanaux et communautés locales qui sont à couteaux tirés.
Face à cette situation, la Chambre des Mines de la RDC, dans son rôle de représentant des entreprises minières, promoteur du développement minier, facilitateur du dialogue et concertation, a rassemblé toutes les parties prenantes autour d’une même table pour des échanges francs, fructueux et de solutions durables.
Dans un atelier de haut niveau organisé avec l’ITIE et IDAK en présence des membres de Gouvernements national et provincial, les participants ont déballé des sujets qui fâchent : la mise en œuvre de la dotation de 0,3% du chiffre d’affaires, le cahier des charges et l’envahissement des périmètres miniers concédés par les
exploitants illégaux.
Ce forum, un espace de dialogue franc, structuré et orienté vers les résultats. Un espace où les perceptions riment, où les responsabilités se clarifient et où les solutions se construisent.
Le Président de la Chambre des Mines de la RDC, Bin Nassor Kasongo, a fait un diagnostic du secteur minier du pays.
« Le secteur minier congolais est à la croisée des chemins: il est puissant mais contesté ; il est stratégique mais fragile ; il est porteur de richesses mais aussi de beaucoup de frustration. Nous faisons face à une crise de gouvernance où les responsabilités sont partagées mais trop souvent éludées. », a-t-il indiqué avant d’interpeller les parties prenantes.
« Nous avons une responsabilité commune: faire du secteur minier de la RDC un levier de transformation, un moteur de justice sociale et un pilier de souveraineté économique. », a-t-il déclaré.
Les attentes de chaque partie prenante
La Chambre des Mines a mis chaque partie prenante devant ses responsabilités. D’abord, les communautés locales qui ne demandent pas de la charité mais des projets de grande envergure, visibles, durables et qui changent leur quotidien.
La société civile, quant à elle, réclame de la transparence : elle veut comprendre, suivre, évaluer, et souhaite que les engagements soient tenus, que les ressources soient tracables, que les résultats mesurables.
Et pour les miniers, souvent pointés du doigt à tort ou à raison, ne demandent qu’une seule chose : qu’on reconnaisse leurs efforts. Elles versent la dotation, financent des projets, respectent les textes mais elles veulent aussi un environnement plus stable, plus équitables, et plus cohérent.
Enfin, les autorités publiques cherchent des solutions mais ont besoin, elles-aussi, d’un cadre clair, un appui technique et coordonné.
Actuellement, le secteur minier fait face à trois défis majeurs qui ne sont pas nouveaux mais qui exigent plus de rigueur, plus de cohérence et surtout plus de courage.
Le premier est lié aux cahiers de charges.
« Pensés comme des instruments de développement, ils sont très souvent coincés dans des formalités administratives. Des documents signés tardivement parfois sans concertation réelle et dont la mise en œuvre reste fragmentée, incomplète, voire invisible pour les communautés. », a rappelé Bin Nassor aux participants.
Et de marteler : « Ils ne doivent plus être de l’obligation à remplir mais des engagements à honorer, de leviers de transformation territoriale portée par une gouvernance claire, inclusive et suivie. », a-t-il insisté.
Le deuxième défi : la dotation minimum de 0,3% de chiffres d’affaires des entreprises minières.
C’est un mécanisme puissant, inscrit dans la loi, financé par les entreprises minières mais encore mal comprise, mal gérée et mal valorisée.
A ce sujet, les communautés s’interrogent : où vont ces fonds ? Quels projets en découlent et quel
impact réel sur leur quotidien ?
Les entreprises, quant à elles, réclament plus de clarté, plus de coordination et plus de reconnaissance.
« Il est temps de bâtir un cadre de gestion transparent, participatif et orienté vers de projets structurants à fort effet multiplicateur », a fait savoir Bin Nassor.
Enfin, le troisième défi est un phénomène devenu récurrent, qui perturbe les opérations, met en danger les travailleurs et alimente les tensions croissantes. Il s’agit de l’envahissement de sites miniers par les exploitants artisanaux appelés parfois exploitants illégaux.
La Chambre des Mines a épinglé quelques facteurs à la base de ce phénomène, à savoir l’absence de zones d’exploitation artisanale viables, le manque d’encadrement, les manipulations politiques, et la cohabitation non régulée.
Ce forum a donc permis non seulement d’identifier les attentes fortes, des perceptions opposées mais surtout de faire tomber les murs, construire des ponts avec une vision partagée.
« Ce forum n’est pas un tribunal, ni le lieu des accusations croisées ni celui de justification défensive mais pour provoquer un sursaut, poser de vraies questions et ouvrir le chemin de la solution, pas pour pointer du doigt mais pour reconnaître les failles, assumer les responsabilités, corriger les dérives, proposer des alternatives et surtout agir ensemble », a expliqué le Président de la Chambre des Mines.
De ces assises, la Chambre des Mines a récolté des recommandations concrètes, applicables, suivies ainsi qu’une feuille de route consensuelle avec des engagements clairs, des responsabilités objectives et de mécanismes de suivi.
La Chambre des Mines insiste que le secteur minier ne peut pas être un champ de tension mais plutôt celui de convergence, un moteur de progrès, de solution pour le développement socio-économique de la RDC.
Nadine FULA
















