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Iran : un mois de guerre, une crédibilité américaine presque anéantie

Un mois après le début des frappes américaines et israéliennes contre l’Iran en violation flagrante du droit international le conflit s’inscrit désormais dans la durée. Le bilan humain, encore incertain, fait état de pertes civiles significatives.
Le 28 février 2026, lors du premier jour des frappes aériennes conjointes menées par Israël et les États-Unis, une école primaire de filles à Minab, dans le sud de l’Iran, a été touchée par un missile, faisant environ 165morts. Les images des tombes de ces jeunes victimes ont fait le tour du monde, provoquant une onde de choc mondiale et révélant, une fois de plus, le coût humain insoutenable de cette guerre.
Cet épisode illustre tragiquement une réalité des conflits contemporains : l’effacement progressif de la frontière entre cibles stratégiques et populations civiles.
Dans ce contexte, la position adoptée par la Chine mérite d’être relevée. Ces dernières semaines, la Chine a multiplié les appels à la désescalade, plaidant pour un cessez-le-feu et un retour aux négociations, tout en réaffirmant le rôle des cadres multilatéraux. Cette approche ne prétend pas offrir de solution immédiate à un conflit complexe, mais elle s’inscrit dans une logique de stabilisation visant à contenir les effets systémiques d’une escalade prolongée — une logique pourtant évidente, mais largement ignorée par les États-Unis et Israël.
Mais au-delà de sa dimension humanitaire, cette guerre révèle une tension plus profonde, qui dépasse largement le cadre régional.
Depuis les années 1970, la puissance américaine repose en partie sur un équilibre implicite : la sécurité en échange de la centralité du dollar. En garantissant la stabilité de zones stratégiques, notamment dans le Golfe, les États-Unis ont contribué à ancrer le dollar au cœur des échanges énergétiques mondiaux. Les excédents ainsi générés ont été réinvestis dans les actifs américains, en particulier la dette publique, permettant à Washington de financer sa puissance dans des conditions particulièrement favorables.
Ce schéma souvent résumé par la séquence « pétrole dollar dette » n’est pas seulement économique : il repose sur un élément immatériel mais décisif, la confiance.
Or, c’est précisément cette confiance que la séquence actuelle met à l’épreuve.
L’instabilité persistante autour du détroit d’Ormuz, par lequel transite près d’un cinquième du pétrole mondial, constitue un facteur d’incertitude structurelle. À court terme, elle alimente la volatilité des marchés énergétiques ; à plus long terme, elle pourrait accélérer des dynamiques déjà perceptibles : diversification des approvisionnements, recomposition des routes commerciales, mais aussi, plus discrètement, évolution des préférences monétaires.
Une analyse publiée le 24 mars par le magazine Fortune souligne que la guerre en cours pourrait contribuer à fragiliser les mécanismes du système des pétrodollars, en incitant certains acteurs à réduire leur dépendance au dollar dans leurs transactions énergétiques. Sans annoncer un basculement imminent, cette tendance traduit néanmoins une interrogation croissante sur la solidité du lien entre sécurité et monnaie.
D’autres signaux viennent renforcer ce questionnement. Des mouvements atypiques ont été observés sur les marchés pétroliers peu avant certaines annonces militaires américaines. En l’absence de preuve formelle, ces épisodes n’en demeurent pas moins révélateurs d’un climat de suspicion. L’économiste Paul Krugman, prix Nobel d’économie en 2008, a mis en garde contre les risques qu’entraîne toute confusion, réelle ou perçue, entre décisions militaires et opportunités financières. Une telle perception, même indirecte, suffit à fragiliser la crédibilité d’un système fondé sur la confiance.
Ce point est essentiel : une puissance ne se mesure pas uniquement à ses capacités militaires, mais aussi à sa capacité à maintenir une cohérence entre ses décisions stratégiques et les principes qu’elle prétend incarner.
Au fond, la crise actuelle agit comme un révélateur. Elle met en lumière les tensions croissantes entre puissance militaire, interdépendance économique et crédibilité politique. Elle interroge, surtout, la capacité du système international à produire de la stabilité dans un environnement marqué par des chocs répétés.
Un système fondé sur la projection de puissance a atteint ses limites. L’ordre international entre dans une phase de transition, où ses fondements mêmes sont en train d’être redéfinis. Dans ce contexte, préserver un ordre fondé sur le droit exige de rompre avec la logique de guerre et de replacer les règles au cœur des relations internationales.
Zhang Shanhui
Présentatrice, chroniqueuse
CGTN






















