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RDC-Cobalt : L’EGC réactive son monopole et rebat les cartes d’un marché en crise

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Six ans après sa création, l’Entreprise Générale du Cobalt (EGC) commence enfin à peser dans une filière artisanale secouée par l’effondrement des prix et le ralentissement de la demande mondiale.

L’annonce, cette semaine, d’un premier stock de 1.000 tonnes de cobalt artisanal entièrement traçable marque un tournant pour cette société de l’Etat qui, depuis 2019, cherche à imposer son monopole légal sur l’achat et l’exportation du cobalt issu de l’artisanat minier.

En 2019, lorsque l’État congolais crée l’EGC, l’objectif est clair : formaliser un segment artisanal représentant jusqu’à 30 % de la production nationale et pesant lourd dans les revenus de millions de ménages. Mais des blocages institutionnels, l’absence de zones d’exploitation agréées et un litige avec Huayou Cobalt à Kasulo ont neutralisé son action.
Pendant ce temps, le marché artisanal est resté dominé par des intermédiaires privés, opérant sans régulation efficace et sans traçabilité, au détriment des recettes publiques.

Le déclic

Le paysage change en 2024–2025. D’abord, la Gécamines attribue cinq carrés miniers à l’EGC, lui donnant enfin un terrain d’intervention réel. Ensuite, en février 2025, Kinshasa décide la suspension totale des exportations de cobalt, officiellement pour résorber la surproduction mondiale et pousser les prix à la hausse. Dans les faits, cette décision a eu un autre effet : l’EGC est devenue la seule entité autorisée à exporter du cobalt artisanal, consolidant son pouvoir sur une filière qui échappait jusque-là à l’État.

La montée en puissance de l’EGC survient dans un contexte de crise du marché. Le cobalt artisanal, qui représentait entre 15 et 30 % de la production du pays, s’est retrouvé réduit à 2 % en 2024, selon le Cobalt Institute, sous l’effet de la chute des cours. Cette contraction fragilise les mineurs artisanaux, mais elle redéfinit également les enjeux pour la RDC, premier producteur mondial de cobalt.

L’État cherche désormais à reprendre la main sur la rente artisanale, augmenter la valeur ajoutée locale et sécuriser un segment longtemps considéré comme imprévisible.

La constitution du premier stock traçable de l’EGC pose plusieurs questions clés : l’État peut-il stabiliser les prix payés aux creuseurs grâce à un acheteur unique ?, la traçabilité permettra-t-elle d’attirer des acheteurs premium, prêts à payer davantage pour respecter leurs obligations ESG ?, l’EGC pourrait-elle réduire l’influence des intermédiaires informels et augmenter les recettes publiques ?
Si l’entreprise réussit son pari, l’exploitation artisanale pourrait devenir un instrument de stabilité économique et de revenus plus prévisibles pour les producteurs. Dans le cas contraire, la filière risque de rester un maillon volatil, dépendant des cycles internationaux du marché des batteries.

Olivier KAFORO

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