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RDC : les parties prenantes se penchent sur le financement du secteur de l’Education

À Kinshasa, autorités publiques, partenaires techniques et experts ont engagé une réflexion approfondie sur les mécanismes de financement de l’éducation en République démocratique du Congo. Objectif : redéfinir les priorités du secteur à l’horizon 2030, en conciliant accès, qualité et soutenabilité budgétaire.
Le Gouvernement congolais a officiellement lancé les travaux du segment politique de haut niveau consacré au financement de l’Education et de la Formation.
Organisées par le ministère de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté, ces assises de trois jours réunissent décideurs, bailleurs de fonds, représentants du secteur privé et acteurs de la société civile. Elles s’inscrivent dans la clôture de la Stratégie sectorielle de l’éducation et de la formation (SSEF) 2016-2025 et préfigurent la future Stratégie sectorielle intérimaire (SSIEF) 2026-2030.

La cérémonie d’ouverture s’est tenue en présence de la Première Ministre Judith Suminwa Tuluka, de la Ministre d’État à l’Éducation nationale Raïssa Malu, du Vice-Premier Ministre en charge du Budget, ainsi que de représentants de la Banque mondiale, de l’UNICEF et du Partenariat mondial pour l’éducation.
Dans son allocution, la Cheffe du Gouvernement a souligné le rôle stratégique de l’éducation dans la vision du Président Félix Tshisekedi. Elle a rappelé que la gratuité de l’enseignement primaire a permis une hausse significative des effectifs scolaires, tout en insistant sur les défis structurels qu’elle engendre.
« L’éducation n’est pas seulement une priorité sociale, mais une condition de souveraineté, de stabilité et de transformation économique », a-t-elle déclaré.

Cette politique phare se heurte toutefois à des contraintes majeures, notamment la pression démographique, les défis sécuritaires et l’augmentation des besoins de financement.
Une équation budgétaire délicate
Au cœur des échanges, la question de la soutenabilité de la gratuité a dominé les débats. Le Vice-Premier Ministre en charge du Budget a mis en avant les progrès enregistrés dans la mobilisation des recettes publiques, passées de 3 à plus de 10 milliards de dollars, avec des perspectives de croissance à moyen terme. Il a plaidé pour une allocation plus équitable des ressources, en particulier en faveur des enseignants, dont les conditions salariales restent précaires.
De son côté, la Ministre d’État Raïssa Malu a appelé à un changement de paradigme : après l’amélioration de l’accès, l’enjeu central devient désormais la qualité des apprentissages et l’efficacité des dépenses publiques.
« Chaque franc investi doit produire un impact concret dans les salles de classe », a-t-elle insisté, appelant à une gouvernance plus rigoureuse, fondée sur les données et la redevabilité.

Les travaux s’articulent autour de quatre axes prioritaires : consolider la gratuité et envisager son extension progressive, améliorer l’efficacité et la transparence des financements, renforcer la formation professionnelle et l’éducation non formelle, et soutenir la recherche ainsi que l’innovation.
Pour les autorités, il s’agit de construire une chaîne cohérente allant de l’accès à l’éducation jusqu’à l’insertion professionnelle, afin de faire de l’école un véritable moteur de développement.
Plusieurs membres du Gouvernement, dont le Ministre du Plan et la Vice-Ministre des Finances, ainsi que des autorités provinciales et des experts internationaux ont pris part aux différents panels.
Un système sous pression
Les échanges ont également mis en lumière les tensions que subit le système éducatif.
L’augmentation rapide du nombre d’élèves exerce une forte pression sur les infrastructures, le recrutement d’enseignants et la qualité de l’encadrement pédagogique.
Pour y répondre, les participants ont insisté sur la nécessité d’améliorer la planification, notamment à travers des données statistiques fiables, des cartes scolaires actualisées et des indicateurs de performance pertinents. Le renforcement des capacités administratives apparaît également comme un levier essentiel.
Le point culminant de ces assises est attendu avec l’intervention du Président Félix Tshisekedi, qui devrait procéder au lancement officiel de la SSIEF 2026-2030.
Au-delà des annonces, cette rencontre marque une étape importante dans la refondation du système éducatif congolais.
Dans un pays où la jeunesse constitue la majorité de la population, la capacité à financer durablement une éducation de qualité s’impose comme un enjeu stratégique majeur pour l’avenir.
Olivier KAFORO






















