Finance
RDC : déficit sous contrôle, mais santé, éducation et agriculture restent les grands perdants du budget 2025

Dans son rapport sur l’exécution des finances publiques en 2025, la Cour des comptes de la République démocratique du Congo (RDC) livre une évaluation contrastée de la gestion budgétaire de l’État.
Si certains indicateurs macroéconomiques témoignent d’une relative stabilité des finances publiques, plusieurs objectifs stratégiques fixés par le Gouvernement n’ont pas été atteints, notamment dans les secteurs sociaux prioritaires, la mobilisation des recettes et la maîtrise de l’endettement.
L’exercice budgétaire examiné par la Cour des comptes s’est déroulé dans un environnement particulièrement complexe.
Sur le plan politique, la Cour renseigne que le pays a poursuivi l’installation des institutions issues des élections de décembre 2023, tandis que l’Est de la RDC continuait de faire face aux conséquences de la guerre d’agression attribuée au Rwanda et à la poursuite de l’état de siège au Nord-Kivu et en Ituri.
Sur le plan social, le Gouvernement a poursuivi la mise en œuvre de la gratuité de l’enseignement primaire, l’extension progressive de la couverture santé universelle ainsi que la prise en charge des populations affectées par la résurgence de l’épidémie de Mpox et la crise humanitaire dans l’Est du pays.
En même temps, les autorités ont maintenu leurs efforts de stabilisation macroéconomique, notamment à travers la lutte contre l’inflation, la défense du franc congolais et la poursuite du Programme de développement local des 145 territoires.
Un déficit budgétaire malgré une bonne mobilisation des recettes
Selon la Cour des comptes, les recettes du Budget général se sont établies à 32.105,7 milliards de francs congolais, tandis que les dépenses exécutées ont atteint 33.640,7 milliards de francs congolais. Cette situation a conduit à un déficit budgétaire de 1.534,97 milliards de francs congolais.
Au niveau du Pouvoir central, les recettes réalisées représentent 90,4 % des prévisions budgétaires, tandis que les dépenses exécutées correspondent à 93,78 % des crédits prévus. Le déficit enregistré s’élève à 358,12 milliards de francs congolais. Toutefois, les budgets annexes et les comptes spéciaux ont contribué à atténuer cette contre-performance.
Les entités financées par les budgets annexes ont dégagé un excédent de 80,4 milliards de francs congolais après avoir réalisé des recettes supérieures de 34,8 % aux prévisions. Les comptes spéciaux ont, quant à eux, enregistré un excédent particulièrement important de 1.148 milliards de francs congolais, grâce à des recettes de 2.489,2 milliards de francs congolais pour seulement 1.341,2 milliards de dépenses.
Des lacunes persistantes dans la reddition des comptes
La Cour des comptes déplore néanmoins l’absence de transmission des comptes de gestion par les comptables publics ainsi que le défaut de production de nombreux documents budgétaires par les entités concernées. Les exécutifs provinciaux n’ont transmis que leurs édits budgétaires et les exécutifs des entités territoriales décentralisées n’ont produit aucun document requis. Cette situation a empêché la haute juridiction financière de procéder à la déclaration générale de conformité prévue par la Loi organique relative aux finances publiques, une étape essentielle dans le contrôle de la gestion budgétaire.
Éducation, santé et agriculture : les engagements non respectés
L’analyse des indicateurs de performance révèle des écarts significatifs entre les engagements du Gouvernement et les réalisations observées.
Le secteur de l’éducation a absorbé 15,03 % du budget exécuté, un niveau inférieur au seuil de 19,9 % recommandé par le Partenariat mondial pour l’éducation.
Malgré les efforts consentis pour financer la gratuité de l’enseignement primaire, l’objectif de financement du secteur n’a donc pas été atteint.
Le constat est encore plus marqué dans le secteur de la santé.
Alors que l’Accord d’Abuja recommande l’affectation de 15 % du budget national à la santé, les dépenses effectivement exécutées dans ce secteur n’ont représenté que 7,42 % du budget total.
Cette situation intervient pourtant dans un contexte marqué par les défis sanitaires liés au Mpox et à l’extension de la couverture santé universelle.
Le secteur agricole n’a bénéficié que de 6,13 % des ressources budgétaires prévues, contre un objectif continental de 10 % fixé par l’Accord de Maputo. Un écart qui souligne les difficultés persistantes à faire de l’agriculture un véritable moteur de diversification économique.
Une discipline budgétaire globalement préservée
La Cour relève néanmoins quelques performances encourageantes. La masse salariale de l’État est restée inférieure au plafond de 5 % du PIB fixé par la loi de finances, traduisant une certaine maîtrise des dépenses de personnel.
Par ailleurs, le déficit budgétaire rapporté au PIB s’est limité à 0,17 % en 2024, contre 1,13 % en 2023 et 2,22 % en 2022, démontrant une amélioration progressive de l’équilibre budgétaire.
Le rapport attire cependant l’attention sur l’évolution de la dette intérieure. Les ressources mobilisées à travers les Bons et Obligations du Trésor ont atteint 4 689,7 milliards de francs congolais, soit 2,23 % du PIB nominal. Ce niveau dépasse largement le seuil de prudence de 0,5 % du PIB que le Gouvernement s’était fixé afin de prévenir les risques d’endettement excessif.
La mobilisation des recettes fiscales demeure également insuffisante. Avec un taux de pression fiscale de 9,87 %, la RDC reste très éloignée de la moyenne de 17,6 % observée dans les pays d’Afrique subsaharienne. Cette faiblesse continue de limiter les marges de manœuvre budgétaires de l’État pour financer les investissements publics et les programmes sociaux.
Réserves de change : une légère amélioration
Concernant les réserves internationales, la Banque centrale du Congo disposait à la fin de l’exercice de réserves couvrant environ trois mois d’importations. Ce niveau est supérieur à l’objectif gouvernemental de 2,8 mois mais demeure inférieur au critère régional de la SADC fixé à six mois d’importations.
Le rapport de la Cour des comptes met en lumière une situation paradoxale : la RDC affiche des progrès en matière de stabilité budgétaire et de maîtrise du déficit, mais continue de rencontrer d’importantes difficultés dans le financement des secteurs sociaux prioritaires, la mobilisation des recettes fiscales et le respect des normes de transparence budgétaire.
À l’heure où le Gouvernement poursuit ses discussions avec le Fonds monétaire international et cherche à renforcer sa crédibilité financière, les conclusions de la Cour rappellent l’urgence d’accélérer les réformes visant à améliorer la gouvernance des finances publiques et l’efficacité de la dépense publique.
Olivier KAFORO
























