Afrique
Monde : Trump relance la guerre des minéraux, quels risques pour les pays africains?

ANALYSE-En ordonnant une enquête tarifaire sur toutes les importations américaines de minéraux critiques, Donald Trump remet au centre de la guerre économique mondiale une ressource stratégique : les matières premières. Une décision aux lourdes implications, notamment pour les pays africains, principaux fournisseurs de certains minerais essentiels.
Dans un décret signé le mardi 15 avril 2025, le Président américain Donald Trump a exigé l’ouverture d’une enquête sur la dépendance des États-Unis vis-à-vis des importations de minéraux critiques.
Cette initiative, issue de l’article 232 de la loi sur l’expansion du commerce, pourrait aboutir à l’instauration de nouveaux droits de douane sur des minerais tels que le cobalt, le nickel, l’uranium ou encore les terres rares.
Donald Trump a justifié sa décision par des préoccupations de sécurité nationale.
« La dépendance excessive des États-Unis aux importations de minéraux augmente le risque potentiel pour la défense, la résilience économique et la stabilité des prix », a-t-il souligné dans son décret.
La Maison Blanche a précisé que cette enquête englobera toutes les étapes de la chaîne de valeur post-extraction, jusqu’aux produits semi-finis comme les cathodes de batteries ou les composants d’éoliennes.
Conséquences potentielles pour l’Afrique et la RDC
Cette escalade tarifaire pourrait bouleverser les chaînes d’approvisionnement mondiales dans lesquelles plusieurs pays africains, dont la République Démocratique du Congo (RDC), occupent une place stratégique.
Premier producteur mondial de cobalt et détenteur de vastes réserves de cuivre, la RDC est au cœur de la transition énergétique mondiale. Or, ces ressources sont souvent exportées à l’état brut ou peu transformé, puis traitées en Chine, avant d’être réintroduites sur les marchés occidentaux.
« Si les États-Unis imposent des droits de douane sur les minéraux transformés en Chine, cela pourrait indirectement frapper les pays comme la RDC, qui envoient leurs minerais à raffiner dans des usines chinoises », analyse un consultant en commerce minier basé à Johannesburg.
« Cela créerait une pression sur les prix et pourrait entraîner une baisse des revenus à l’exportation pour ces pays », a-t-il avancé.
En clair, si Washington taxe les produits issus de circuits dominés par la Chine, les producteurs africains, qui n’ont pas encore développé d’industries locales de transformation, risquent d’être pris en étau.
Défi d’industrialisation locale
Pour plusieurs économistes africains, cette décision américaine souligne l’urgence pour des pays comme la RDC de réinternaliser davantage de valeur ajoutée sur leur sol.
« Ce genre de choc géoéconomique démontre pourquoi l’Afrique doit accélérer l’industrialisation de ses filières minières », soutiennent les experts du secteur.
Pour ces derniers, « il ne s’agit plus seulement d’extraire, mais de transformer, pour maîtriser les cycles de dépendance ».
Dans cette guerre mondiale des minéraux stratégiques, les États-Unis cherchent à réduire leur exposition à la Chine. Mais en chemin, ce sont aussi les pays africains producteurs qui pourraient en faire les frais, à moins qu’ils ne transforment cette menace en levier pour renforcer leur souveraineté industrielle.
Flory Musiswa
























