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Professeur Kinkani à Félix Tshisekedi : « il est urgent de renouveler à 65% la classe dirigeante en RDC»

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[LETTRE OUVERTE] – Le chef de l’Etat congolais, Félix Antoine Tshisekedi devrait éviter la politique du recyclage en renouvelant à 65% les compétences et les visages des dirigeants. Cette recommandation est du professeur Adelbert Kinkani Mvuzi Kamosi. Il l’a formulée dans le cadre d’une lettre ouverte adressée au premier Citoyen congolais. Dans sa réflexion, il part de ce qu’il qualifie des « déceptions » du président honoraire Joseph Kabila pour opposer à ces dernières deux renouvellements rationnels : le formatage du citoyen congolais et le renouvellement de compétences.

Si la RDC a le malheur d’avoir toujours eu des hommes et des femmes politiques recyclés depuis 1960, ce philosophe tire la sonnette d’alarme sur la nécessité de promouvoir une nouvelle école pour laquelle des compétences existent aussi bien dans les rangs de ceux qui ont combattu avec Félix Tshisekledi hier dans l’opposition que dans les rangs de ceux avec qui il est appelé à collaborer aujourd’hui.

« Dès lors, le renouvellement des gestionnaires et/ou animateurs de la res publica n’a rien à voir avec une épuration générationnelle », a – t – il précisé dans sa lettre ouverte au président de la République. Ci-dessous, l’intégralité :

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LETTRE OUVERTE

A Son Excellence Monsieur le Président Félix-Antoine TSHISEKEDI Tshilombo,

(Dans l’espoir de voir ces deux pages bénéficier de votre personnelle attentive lecture)

Votre Excellence,

C’est dans un élan patriotique, je m’adresse à Vous en ces débuts de votre mandat comme Président de la République Démocratique du Congo. Je vous écris comme simple citoyen et comme un intellectuel qui refuse de renvoyer sa pensée en retraite anticipée. Mais avant toute chose, une clause de politesse : les verbes falloir ou devoir sont utilisés ici comme modeste recommandation et non comme « obligation ».

Excellence Monsieur le Président,

J’ai été personnellement marqué par deux importants détails des mandats de votre prédécesseur, Son Excellence Joseph KABILA Kabange. A deux reprises, il est sorti de lui-même en déplorant :

1) le fait pour lui de ne pas avoir 15 bonnes personnes autour de lui pour faire avancer le pays ;

2) le fait qu’il n’ait pas réussi à changer le Zaïrois en Congolais.

Pour moi, ces admirables et sincères confessions de Joseph Kabila sonnent comme un Testament pour son successeur, et par ricochet pour toute la Nation.  Il me semble important que vous puissiez, Monsieur le Président, analyser ces deux « déceptions » de Joseph Kabila (il vous en communiquera certes d’autres) et prendre la situation de bon pied pour marquer positivement votre mandat.

Que faire face à cette situation implacable ? Deux renouvellements rationnels s’imposent.

En mon sens, il convient d’abord et absolument formater le citoyen Congolais. La vie du Congolais, du sommet à la base, montre bien que nous avons de plus en plus des citoyens qui en temps normal, pouvaient être considérés comme des marchandises interdites pour la République. En effet, nous sommes nombreux à être indignes d’être appelés citoyens.

Il est urgent de réinventer un nouveau type de citoyen en qui il faut placer une foi et une dévotion : sauver la nation et la patrie par des gestes simples. Les Eglises qui parfois gèrent nos consciences ne procèdent pas autrement. Il faut de la méthode. Simplement. Dans le fond, il s’agit là de « penser » aux mécanismes nécessaires pour un renouvellement éthique au service du politique et de la polis.

Ensuite, je considère qu’il est urgent de renouveler à 65% (!) les compétences et les visages : en toute chose, l’excès nuit, peu importe ses délices.

Excellence Monsieur le Président,

La vie d’une nation, c’est comme le moteur d’un véhicule. On ne le révise pas deux fois. Tenter de le faire, c’est organiser une grippe nationale, politiquement dangereuse. Il y a urgence de tonifier, de lubrifier à nouveaux frais l’appareil étatique. Pour ce faire, il sied d’éviter la politique de recyclage.

J’estime personnellement que le Congo a le malheur d’avoir pratiquement et toujours des hommes et des femmes politiques recyclés depuis 1960. Il y a nécessité de créer une nouvelle école. Cette nouvelle école existe aussi bien dans les rangs de ceux qui ont combattu avec vous hier dans l’opposition, des hommes et des femmes recommandables qui vous sont proches, que dans les rangs de ceux avec qui Vous êtes appelé à collaborer.

Dès lors, le renouvellement des gestionnaires et/ou animateurs de la res publica n’a rien à voir avec une épuration générationnelle. Loin s’en faut ! Le vieux s’est toujours retrouvé dans le plus jeune dont il est le géniteur (biologique, politique ou culturel), à moins de l’avoir été par procuration.

Stefan Zweig n’avait pas tort lorsqu’il écrivait que « Etre père, c’est avoir la responsabilité d’une destinée ». Oui, le destin, on le subit, la Destinée est préméditée, pensée et voulue pour paraphraser mon aîné et collègue le Professeur Nketo Lumba. Il y a au Congo, certains Hommes d’Etat, qui ont compris la nécessité du renouvellement et qui se sont impliqués pour promouvoir le renouvellement.

Le renouvellement, Monsieur le Président, est une loi de la nature. Les sciences physiques attestent bien cela : tout ce qui monte finit toujours par redescendre.

Par ailleurs, le renouvellement, le vrai, se fait avec des femmes et des hommes qui ont encore « l’âge » des rêves pour la nation ; avec ceux qui entretiennent des relations saines et permanentes avec leurs convictions. C’est quasi dans le même sens, que, parlant de la démocratie, Votre Estimé prédécesseur, Joseph Kabila, pensait qu’il fallait au Congo, faire les choses par conviction et non par contrainte.

Aussi, la vraie politique ne vaut-elle que par la qualité de ses acteurs, ceux qui sont capables de lever une espérance inattendue, d’atteindre des résultats exceptionnels et de convaincre par l’exemple.

Dans ce sens, il vous faudra, Monsieur le Président, des hommes et des femmes qui ont de la méthode et du courage; mais aussi et surtout compétents. Car, comme le disait Chateaubriand, « l’ambition dont on n’a pas les compétences est un crime ». La jeunesse de votre pays est cette pépinière où vous pourriez trouver l’essentiel. Cependant, la jeunesse en soi n’est ni un privilège ni une présomption de compétence. Les rôles doivent donc être distribués selon les capacités des acteurs à être utiles à la communauté.

Plus explicitement, pour la respiration de la vie communautaire nationale, il est recommandable qu’il y ait renouvellement continu des acteurs politiques. La vie politique doit être une chaîne où chaque maillon doit jouer son rôle ; et sans s’opposer ni se confondre, les rôles de chaque génération doivent être bien distingués.

Monsieur le Président, dans votre action et sous votre mandat, il est important de travailler avec des hommes et des femmes capables de résister à la séduction du pouvoir, aux louanges des applaudisseurs et des courtisans, à la pression du clan et à l’opulence personnelle.

Il faut aussi des hommes et des femmes qui ne croient pas au conflit générationnel absurde. L’œuvre des générations précédentes, dans ses succès et ses échecs doit servir de repère pour gérer le présent et envisager sereinement et positivement le futur.

Mais, ces hommes et ces femmes ne doivent pas ressembler aux prédécesseurs ni reproduire leurs méthodes. Ils doivent être ceux qui connaissent les limites des actions de ceux qui avant eux ont eu quelque responsabilité étatique afin de mieux faire. Vous devez donc, Monsieur le Président, promouvoir le falsificationisme politique qui vise une correction mutuellement enrichissante.

Avant de terminer, je souhaiterais que Votre Excellence soit attentive aux Ministres du Gouvernement central élus Députés Nationaux ou Provinciaux qui tergiversent pour opérer leur choix ou qui préfèrent rester au Gouvernement juste pour quelques jours. A moins qu’il y ait des raisons politiques majeures pour quelques-uns, cette attitude procède du manque du respect pour la « Base ».

Car, comment penser que quelqu’un opte pour le provisoire alors qu’il a quelque chose de définitif ? Cette morale calculatrice doit être bannie. Il y a lieu donc lieu de penser comment les surprendre. Comme les disent si ironiquement les Kinois : « Sepelisa bango ».

Excellence,

La jeunesse congolaise est politiquement naufragée, il y a urgence de lui sortir la tête de l’eau. La Nation congolaise l’est éthiquement et nationalement. Au secours !

Libre pensée. Pourvu que la lecture traverse les océans de ma pensée. Avec mes respects patriotiques et mes vœux de vous voir réussir votre mandat.

Fait à Kinshasa, le 20 février 2019

Professeur KINKANI MVUNZI KAMOSI, PhD.

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