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Afrique : Dangote livre son premier kérosène à Ethiopian Airlines

La raffinerie du groupe Dangote Group a franchi une nouvelle étape dans son expansion énergétique en Afrique en lançant ses premières livraisons directes de carburant d’aviation à Ethiopian Airlines, selon des déclarations attribuées à son Directeur général David Bird et relayées par la presse nigériane le week-end dernier.
Cette opération intervient dans un contexte de fortes tensions sur l’approvisionnement en kérosène sur le continent africain, où les compagnies aériennes continuent de subir des coûts d’exploitation parmi les plus élevés au monde.
Selon les données du National Bureau of Statistics du Nigeria, le pays a importé pour 31 milliards de nairas, soit environ 22,5 millions USD, de carburant d’aviation au premier trimestre 2024. Ce volume représente une baisse de près de 87 % comparativement aux 239,18 milliards de nairas enregistrés au quatrième trimestre 2023, illustrant la forte volatilité du marché nigérian du kérosène.
Dans le même temps, la raffinerie Dangote dispose d’une capacité de production estimée à 24 millions de litres de carburant d’aviation par jour, un niveau largement supérieur à la demande intérieure nigériane évaluée à environ 2,1 millions de litres quotidiens. Une part importante de cette production est actuellement exportée vers l’Europe, selon Reuters, où la consommation de carburant aérien augmente à l’approche de la saison estivale.
Pour plusieurs spécialistes africains du transport aérien, les premières livraisons à Ethiopian Airlines constituent néanmoins un signal stratégique pour le continent. Elles démontrent que les besoins énergétiques des compagnies africaines pourraient progressivement être couverts par des capacités de raffinage locales, réduisant ainsi la dépendance aux importations extra-africaines.
Le carburant demeure en effet l’un des principaux défis structurels du secteur aérien africain.
D’après l’African Airlines Association (AFRAA), le kérosène représente entre 30 % et 40 % des coûts d’exploitation des transporteurs africains, contre une moyenne mondiale comprise entre 20 % et 25 %.
Le marché nigérian a récemment connu de fortes turbulences.
Réunies au sein de l’Airlines Operators of Nigeria, plusieurs compagnies avaient dénoncé une flambée d’environ 300 % des prix du kérosène, passés de 900 à 3.300 nairas, alors que la hausse des cours internationaux était estimée à près de 30 %.
Face à cette situation, les autorités nigérianes avaient instauré un plafonnement des prix fin avril afin de limiter les perturbations dans le transport aérien.
Dans son rapport AFRAA Industry Outlook 2025, l’African Airlines Association souligne que le coût du carburant reste l’un des principaux freins à la compétitivité des transporteurs africains.
L’organisation estime que le développement des capacités africaines de raffinage pourrait améliorer la stabilité des approvisionnements et réduire progressivement la dépendance énergétique du continent.
Des experts en logistique et en énergie estiment toutefois que l’essor des raffineries africaines devra être accompagné d’investissements massifs dans le stockage, les infrastructures portuaires et les réseaux de distribution afin de structurer un véritable marché régional du carburant d’aviation.
Flory MUSISWA
























