Afrique
Gabon : Le boycott de TotalEnergies au dialogue social relance la controverse sur la gouvernance du pétrole

Le retrait de TotalEnergies EP Gabon de la session d’octobre de la Commission nationale du dialogue social dans les hydrocarbures, ouverte le lundi 13 octobre 2025 à Libreville, suscite de vives réactions dans le milieu économique. Ce refus, qualifié de « dilatoire » par les syndicats, intervient alors que le Gouvernement de transition tente de réformer la gouvernance du secteur pétrolier, pilier des finances publiques.
Prévue du 13 au 17 octobre 2025, cette session devait réunir opérateurs, administration et partenaires sociaux pour examiner les dossiers sensibles de la sous-traitance et de la précarité de l’emploi.
L’objectif du Gouvernement : instaurer un cadre de concertation stable, capable d’accompagner la transformation du modèle pétrolier gabonais. TotalEnergies EP Gabon demeure l’un des piliers de l’économie nationale.
Selon le rapport ITIE 2022 (publié en 2024), la filiale du groupe français a versé près de 194 milliards FCFA (environ 310 millions USD) à l’État gabonais cette année-là, soit plus du double du montant enregistré en 2021 (94 milliards FCFA).
Ces contributions représentaient près de 12 % des revenus extractifs nationaux, confirmant le rôle central de l’entreprise dans le budget de l’État.
Sur le plan de la production, TotalEnergies a extrait en moyenne 15.800 barils par jour en 2023, soit environ 7 % de la production nationale, loin derrière Perenco (42 %) et Assala Energy (24 %).
Bien que l’État détienne 25 % du capital de la filiale, la stratégie opérationnelle reste dictée par le siège du groupe, à Paris.
L’absence de TotalEnergies à la table du dialogue social est perçue par plusieurs observateurs comme un signal de tension entre le Gouvernement et les grandes compagnies étrangères.
Pour Libreville, la réforme de la gouvernance pétrolière est indissociable de la consolidation des recettes publiques et de la transparence dans la gestion des partenariats.
Le Gouvernement de transition, engagé dans une politique de diversification économique, veut désormais aligner les pratiques sociales et fiscales des opérateurs avec les objectifs de développement national.
Dans ce contexte, le dialogue social apparaît non pas comme un simple cadre syndical, mais comme un instrument de régulation économique et de performance industrielle.
Malgré l’absence de certains opérateurs, la présidence, par la voix d’Arnaud Calixte Engandji-Alandji, président de la Commission, a confirmé la poursuite des travaux « conformément aux dispositions réglementaires ».
L’enjeu est double : préserver un climat de confiance dans un secteur stratégique et consolider la capacité de l’État à encadrer les multinationales dans la nouvelle architecture économique post-transition.
Olivier KAFORO






















