Banques
RDC : 20 USD de crédit par habitant, vers la stagnation à ciel ouvert de la bancarisation

En 2025, le système bancaire de la République Démocratique du Congo confirme sa croissance nominale, mais révèle toujours des limites structurelles, qui freinent l’inclusion financière.
Sur l’ensemble de l’année, les banques commerciales ont accordé 2,053 milliards de dollars de crédits, pour seulement 1,656 milliard de dollars de nouveaux dépôts, ce qui, rapporté à une population d’environ 100 millions d’habitants, représente à peine 20 dollars de crédit et 16 dollars d’épargne par congolais, des montants extrêmement faibles pour un pays riche en ressources.
Ces chiffres ressortent d’une compilation faite par Zoom-eco.net, issue de données de la Banque Centrale du Congo, dont les différentes notes de conjoncture économique.
En effet, le nombre de comptes bancaires reste limité, avec environ 6 millions de comptes dans les banques commerciales et 2,4 millions dans les institutions de microfinance et coopératives, soit 8,4 millions de comptes formels au total, ce qui, même en supposant un compte par personne, ne représente que 8,4 % de la population, illustrant ainsi la faiblesse de la bancarisation classique.
En comparaison, les services de monnaie électronique connaissent un développement plus rapide, avec près de 13 millions de comptes et plus de 33.000 agents de distribution sur le territoire, ce qui montre que l’inclusion financière progresse surtout par le mobile money, avant d’être portée par le réseau bancaire traditionnel.
L’encours global des dépôts atteint 16,24 milliards de dollars à fin 2025, en hausse de 10,2 %, mais près de 87 % de ces dépôts sont libellés en dollars, exposant le pays à la volatilité des devises étrangères. Du côté du crédit, l’encours brut s’élève à 10,27 milliards de dollars, en hausse de 20,2 %, et est principalement orienté vers les petites et moyennes entreprises ainsi que les administrations publiques, ce qui limite encore l’effet de levier du crédit pour les ménages et le financement de l’économie réelle.
La répartition géographique des dépôts et des agences accentue les déséquilibres : 65,2 % des dépôts sont concentrés à Kinshasa, 22,9 % au Haut-Katanga, et le reste du pays reste largement sous-financé.
Avec seulement 315 agences bancaires, dont près de 40 % se trouvent dans la capitale, certaines provinces disposent de moins d’une agence pour 100.000 adultes, rendant l’accès physique au système bancaire extrêmement limité.
En guise de conclusion, il ressort de cette analyse que la RDC reste un pays faiblement bancarisé et peu crédité, avec moins de 10 % de la population connectée au système formel et seulement 20 dollars de crédit par habitant.
L’inclusion financière progresse davantage grâce au numérique qu’au réseau bancaire classique, et le levier bancaire demeure insuffisant pour transformer structurellement l’économie, illustrant l’urgence d’élargir l’accès au crédit et de rééquilibrer la répartition des services financiers sur tout le territoire.
Flory MUSISWA






















