Economie
RDC : Kinshasa veut transformer l’essai du lithium

Le ministère des Mines a procédé, le mercredi 25 mars 2026 à Kinshasa, au lancement d’une table ronde de haut niveau consacrée au développement de la filière du lithium, une ressource stratégique au cœur de la transition énergétique mondiale.
La cérémonie a été présidée par Marcelin Paluku, représentant le Ministre des Mines, Louis Watum Kabamba.
Derrière cette vitrine de haut niveau, le Gouvernement aspire à positionner la République démocratique du Congo comme un acteur crédible dans une industrie en pleine recomposition.

Trois priorités ont été avancées, en l’occurrence :
Primo, sécuriser les investissements;
Secundo, renforcer la gouvernance ;
Tertio, garantir des bénéfices durables pour les communautés locales.
Cette action vise à répondre aux critiques récurrentes adressées au secteur extractif, souvent accusé de créer peu de valeur sur place, glissent les experts.
Le projet de gisement de Manono incarne cette ambition. Son potentiel attire déjà l’attention, bien au-delà des frontières congolaises. Mais la réalité du marché impose prudence et méthode.
Les données compilées par zoom-éco.net illustrent un retournement rapide.
En effet, le prix du carbonate de lithium est passé de 81.360 dollars la tonne en novembre 2022 à 20.782 dollars en février 2024, avant de tomber sous la barre des 11.000 dollars en septembre 2025, puis sous les 10.000 dollars en mars de la même année. Une chute brutale qui traduit un déséquilibre entre l’offre et la demande.
Selon les données de Agence internationale de l’énergie (AIE), la production mondiale a atteint 194.000 tonnes en 2023, en hausse de 81 % par rapport à 2021.
Dans le même temps, la demande n’a progressé que de 63 %, pour s’établir à 165.000 tonnes. Ce décalage a favorisé une accumulation des stocks, accentuée par une croissance moins dynamique que prévu des ventes de véhicules électriques.
Dans son rapport « Global Critical Minerals Outlook 2025 » publié le mercredi 21 mai 2025, la même institution révèle qu’environ 30% de la nouvelle offre mondiale de lithium en 2024 provenait d’Afrique. Ce chiffre illustre aussi une remarquable augmentation de la contribution des producteurs africains, qui sont passés de 6% de la production globale un an plus tôt à 11% en an.

Néanmoins, plusieurs défis devraient être surmontés pour enclencher un quantum leap de la filière afin de mieux positionner l’Afrique dans le rang des producteurs mondiaux de lithium. Il s’agit notamment de l’absence accrue de l’industrialisation et de la baisse prolongée des cours mondiaux du métal.
Sur ce dernier aspect, l’agence de cotation Fastmarkets souligne que le prix du spodumène a notamment chuté de plus de 80% entre mars 2023 et 2024, et continue de baisser depuis lors. Une situation qui pèse déjà sur la viabilité économique de certains projets en développement sur le continent.
Cette évolution change profondément la donne pour la RDC.
Dans un marché moins porteur, exporter du lithium brut devient moins rentable et plus risqué.
La réponse avancée par Kinshasa repose sur l’industrialisation de la filière.
Transformer localement permettrait de capter davantage de valeur. Raffinage, production de composants pour batteries, intégration progressive dans la chaîne industrielle.
L’objectif est de ne pas reproduire le modèle du cobalt, où le pays reste largement en amont de la chaîne. Mais cette stratégie exige des conditions encore fragiles.
Infrastructures insuffisantes, accès limité à une énergie stable, cadre réglementaire en consolidation. Sans amélioration rapide, l’industrialisation pourrait rester partielle.
À ces contraintes s’ajoute une lecture géopolitique. D’après les données de Dubai Multi Commodities Centre, la Chine contrôle plus de 60 % du raffinage mondial du lithium. Cette domination pousse les puissances occidentales à diversifier leurs sources d’approvisionnement.
Dans ce contexte, la RDC apparaît comme une option stratégique. Déjà premier producteur mondial de cobalt, elle pourrait étendre son influence à une autre ressource clé de la transition énergétique.
La table ronde, organisée avec l’appui de Resource Matters, vise précisément à structurer cette ambition. Créer un cadre de confiance, attirer des investissements de long terme et poser les bases d’une filière intégrée.

Le lithium offre une opportunité réelle. Mais sa réussite dépendra moins de son extraction que de la capacité de la République démocratique du Congo, dotée d’un sous-sol richissime évalué à près de 25.000 milliards de dollars, à bâtir une industrie autour de cette ressource. Une étape décisive pour transformer un potentiel minier en développement économique concret.
Flory MUSISWA






















