Economie
RDC-ZLECAf : Delly Sesanga met en garde contre une ouverture sans ancrage économique solide

À l’issue des assises de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) tenues à Kinshasa, Delly Sesanga, le candidat à la dernière présidentielle de 2023, a livré une réflexion tranchante sur l’état de l’économie congolaise et les risques d’une intégration continentale mal préparée.
S’il salue l’ambition panafricaine de la Zone de libre-échange, il critique l’approche « naïve » de la RDC, qui selon lui, poursuit une logique d’ouverture sans avoir consolidé ses fondations internes.
Une économie extravertie, sans colonne vertébrale
« La RDC continue à jouer la carte des exportations minières comme levier principal de croissance économique », affirme Delly Sesanga. Mais cette spécialisation, essentiellement axée sur l’exportation de matières premières brutes, est à ses yeux un facteur d’appauvrissement structurel. Ainsi, il alerte : « L’insertion du Congo dans l’économie mondiale par sa seule spécialisation est appauvrissante ».
Pour lui, l’intégration dans des espaces comme l’EAC ou la ZLECAf ne peut produire de bénéfices réels sans préalables clairs : création et protection d’un marché intérieur de plus de 100 millions de consommateurs, mobilisation de l’épargne publique, industrialisation provinciale via des « microgrids », cohésion du territoire, et surtout une planification stratégique à court, moyen et long terme.
Delly Sesanga appelle à une rupture avec le modèle actuel, marqué par la « satellisation économique, politique et militaire » des provinces provoquée par l’absence de connexions interprovinciales solides et par la faiblesse des échanges internes.
Des chiffres qui interrogent
Pourtant, avancent les experts opposés à la réflexion, la RDC ne semble pas inactive. Elle a inscrit 6.439 produits à la ZLECAf, un chiffre important, témoignant d’un certain volontarisme. Mais Delly Sesanga estime que cette masse de produits n’est pas accompagnée d’un appareil productif compétitif ou structuré. Selon lui, il s’agit là d’un catalogue sans moteur.
Deux lectures d’experts
D’une part, les économistes calqués sur la prospective industrielle rejoignent en partie l’analyse de Sesanga : « Ce discours dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. Le problème n’est pas l’intégration, mais l’absence de socle économique national solide. Un marché intérieur fragmenté, des infrastructures délabrées et une industrialisation embryonnaire… Comment espérer tirer profit d’une zone de libre-échange dans ces conditions ? »
Ces experts plaident pour une refondation industrielle par les provinces, afin de territorialiser la croissance.
À l’inverse, des spécialistes des dynamiques régionales africaines issus de différents think tank, jugent l’analyse trop pessimiste :
« L’intégration régionale peut justement être le levier pour structurer l’économie. Les 6.439 produits inscrits sont une opportunité pour stimuler la production locale, attirer les capitaux et renforcer les chaînes de valeur africaines. Attendre une économie « parfaite » pour s’intégrer, c’est retarder encore l’émergence du pays. », soutiennent-ils.
Une rupture à construire
Au final, le discours de Delly Sesanga a le mérite de mettre en débat la stratégie congolaise d’intégration. Sa proposition de Refondation du Congo appelle à un retournement de logique : d’abord construire l’économie de l’intérieur, avant de l’ouvrir vers l’extérieur. Mais pour que cette vision prenne corps, encore faut-il qu’elle soit accompagnée de mécanismes précis de mise en œuvre et d’un leadership institutionnel capable de passer des intentions aux réalisations.
Un débat à suivre, à l’heure où la ZLECAf devient un test grandeur nature de l’ambition économique africaine.
Flory Musiswa
























