Finance
RDC : 3,5 milliards USD par an pour l’importation des produits alimentaires

La République Démocratique du Congo (RDC) s’efforce de reconstruire son économie sur des bases solides. Pourtant, le secteur agricole reste paradoxalement l’un des moins valorisés, malgré son immense potentiel.
De nombreux acteurs tirent la sonnette d’alarme : sans souveraineté alimentaire, il ne peut y avoir de véritable souveraineté nationale.
C’est ce qu’a rappelé le Coordonnateur national de Toile d’Araignée, Jérôme Sekana, lors d’un point de presse tenu ce samedi 26 juillet 2025.
Jérôme Sekana appelle le Gouvernement de la RDC à une prise de conscience urgente.
Selon lui, « l’indépendance du ventre précède toutes les autres formes d’indépendance ».
Et d’ajouter : « La RDC dispose de plus de 80 millions d’hectares de terres arables. En théorie, le pays pourrait nourrir non seulement sa propre population, mais également exporter en grande quantité. En pratique, l’agriculture congolaise peine à décoller. Elle demeure largement informelle, sous-équipée, faiblement mécanisée et exclue des grandes politiques d’investissement public.
Le Code agricole, voté depuis plus de 11 ans, n’est toujours pas appliqué, faute d’arrêtés d’exécution. Ce vide juridique empêche la structuration du secteur et freine l’investissement privé. Ce retard n’est pas une simple négligence administrative. Il révèle un désintérêt profond pour un secteur pourtant stratégique. »

C’est plusieurs milliards de dollars qui sont engloutis pour acquérir annuellement des produits alimentaires.
« Chaque année, la RDC dépense environ 3,5 milliards de dollars pour importer des produits alimentaires. Une aberration, selon les professionnels du secteur, qui estiment qu’une part substantielle de cette somme pourrait être réinvestie dans la production locale.
Pourquoi ne pas réduire cette facture progressivement par exemple, 700 millions par an et orienter ces ressources vers nos producteurs ? Au-delà de la sécurité alimentaire, la question touche également à l’emploi. L’agriculture est, partout dans le monde, le plus grand pourvoyeur d’emplois. En RDC, où le chômage des jeunes dépasse les 60 %, ce secteur pourrait devenir un levier majeur de transformation sociale, à condition d’être soutenu. », a-t-il soutenu.
Une réforme du SMIG mal calibrée pour le monde rural ?
Le récent Décret sur le Salaire Minimum Garanti (SMIG), bien qu’accueilli comme une avancée sociale, suscite des inquiétudes parmi les acteurs agricoles.
Beaucoup redoutent qu’il soit inadapté aux réalités du monde rural, et qu’il provoque une vague de pertes d’emplois dans les petites exploitations agricoles.
Un article du Décret prévoit néanmoins la possibilité d’adaptations sectorielles. Pour les défenseurs du secteur agricole, c’est une porte à ouvrir impérativement pour ne pas fragiliser davantage les zones rurales.
Un plan d’urgence multisectoriel
Face à ces défis, des initiatives citoyennes émergent.
Le Coordonnateur de Toile d’Araignée a conçu un plan d’urgence multisectoriel, alliant sécurité, production agricole, action humanitaire et relance économique.
« Nous ne sommes pas là pour critiquer. Nous sommes là pour proposer, construire, contribuer. Que le Gouvernement revoie ses priorités, investisse localement, écoute les acteurs de terrain et mise enfin sur la transformation du secteur agricole comme pilier de la souveraineté économique. », a-t-il conseillé.
Des recommandations concrètes
Pour relancer efficacement le secteur agricole en République Démocratique du Congo, Jérôme Sekana recommande au Gouvernement de :
• Mettre en place un dialogue permanent et structuré entre le Gouvernement central et les producteurs agricoles locaux, afin d’assurer une meilleure coordination des politiques agricoles ;
• Impliquer systématiquement les corporations agro-pastorales et agro-industrielles dans l’élaboration des réformes économiques, sociales et fiscales qui les concernent ;
• Instaurer un moratoire accompagné de mesures transitoires, permettant aux entreprises rurales d’appliquer un SMIG réaliste, tenant compte de leurs capacités réelles ;
• Mettre en œuvre une politique agricole inclusive, intégrant petits producteurs, éleveurs et industriels, en cohérence avec la vision présidentielle de la « revanche du sol sur le sous-sol », qui vise à faire de l’agriculture un pilier stratégique du développement national.
AGNES KAYEMBE
























