Dossier
RDC : une étude alerte sur la perte de 37 % du potentiel budgétaire dans les failles de gestion publique

Peut-on améliorer les résultats de l’action publique sans nécessairement augmenter les dépenses de l’État ? C’est à cette question que tente de répondre une étude scientifique publiée le 11 juin 2026 par les économistes Man David Kiala T’Sinda et Jean-Philippe Nasha Bolingo, tous deux chercheurs affiliés à l’Université de Kinshasa.
Intitulée « Qualité des dépenses publiques en République démocratique du Congo : construction d’un indice composite de résultats, mesure d’efficience par frontières stochastiques et analyse d’équité infranationale (2020-2025) », cette recherche mobilise des données budgétaires nationales, des statistiques du FMI, de la Banque mondiale, de l’OMS et de l’UNESCO afin d’évaluer la capacité de la dépense publique à produire des résultats concrets dans les secteurs de l’éducation, de la santé et des infrastructures.
Selon les conclusions des chercheurs, la RDC a enregistré une amélioration réelle de la qualité de ses dépenses publiques au cours des cinq dernières années. L’indice composite élaboré dans le cadre de l’étude est passé de 33 sur 100 en 2020 à 43,6 sur 100 en 2025.
Une progression jugée encourageante, mais qui reste insuffisante pour rejoindre la moyenne du panel de pays africains étudiés, estimée à 55 sur 100.
L’étude met également en lumière un paradoxe budgétaire. Alors que les dépenses publiques de la RDC ont presque triplé entre 2020 et 2025, passant de 5,2 milliards USD à 15,5 milliards USD, les progrès observés dans les principaux indicateurs sociaux et infrastructurels demeurent relativement limités.
Pour les auteurs, cette situation suggère que le défi ne réside pas uniquement dans la mobilisation des ressources, mais aussi dans leur transformation effective en résultats pour les citoyens.
L’un des principaux enseignements de la recherche concerne l’efficience de la dépense publique. Grâce à une modélisation économétrique appliquée à un panel de 14 pays d’Afrique subsaharienne, les chercheurs concluent que la RDC affiche un niveau d’efficience technique de 0,625, contre 0,744 pour la moyenne régionale.
Plus significatif encore, près de 37 % de l’inefficience observée est de nature persistante, c’est-à-dire liée à des contraintes institutionnelles et organisationnelles durables plutôt qu’à des difficultés ponctuelles de gestion.
« En théorie, la RDC pourrait améliorer ses résultats budgétaires d’environ 37 % sans ressources supplémentaires, simplement en réduisant ses inefficiences structurelles », soulignent les auteurs.
L’analyse s’intéresse également aux disparités entre provinces.
Les données examinées montrent que huit provinces sur vingt-six consacrent plus de 80 % des transferts reçus aux dépenses de rémunération, limitant fortement les ressources disponibles pour le fonctionnement des services publics et les investissements locaux.
Cette rigidité budgétaire réduit les capacités d’action dans des secteurs essentiels tels que l’éducation, la santé ou l’entretien des infrastructures.
Pour les chercheurs, ces résultats confirment que les performances budgétaires de la RDC demeurent largement contraintes par des facteurs structurels. Ils citent notamment la fragmentation des circuits de dépenses, la faible prévisibilité des recettes, la coexistence de mécanismes budgétaires parallèles ainsi que les limites des dispositifs de contrôle interne et externe.
Quelles pistes de solutions ?
À l’issue de leurs travaux, Man David Kiala T’Sinda et Jean-Philippe Nasha Bolingo recommandent plusieurs réformes.
Ils préconisent notamment une meilleure maîtrise de la masse salariale provinciale, un renforcement de la part consacrée à l’investissement public, le déploiement intégral du SIGFIP dans l’ensemble des provinces, la consolidation de la budgétisation axée sur les résultats ainsi que l’élargissement de l’assiette fiscale nationale.
Selon eux, l’amélioration de la qualité de la dépense publique passe moins par l’augmentation des crédits que par une transformation profonde des mécanismes de gouvernance qui permettent de convertir les ressources publiques en services et en résultats pour la population.
Flory MUSISWA























