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Croissance mondiale : Le FMI appelle à une dépense publique plus efficiente, un message fort pour la RDC

Le dernier rapport du Fonds monétaire international (FMI) plaide pour une meilleure qualité de la dépense publique afin de relancer la croissance mondiale.
En République Démocratique du Congo, où la masse salariale et les subventions pèsent lourdement sur le budget, le diagnostic sonne comme un rappel à l’ordre.
Le constat du Fonds monétaire international (FMI) est sans appel : la croissance mondiale reste timide, tandis que les dettes publiques atteignent des sommets.
Les finances nationales sont soumises à une triple pression hausse des dépenses de défense, vieillissement des populations et remontée des taux d’intérêt qui limite la marge de manœuvre budgétaire des États.
Dans sa dernière édition du Moniteur des finances publiques, l’institution de Washington invite les Gouvernements à rationaliser leurs dépenses plutôt qu’à les multiplier. Objectif : réorienter les ressources vers les infrastructures, l’éducation, la santé et la recherche-développement, des secteurs à fort potentiel de productivité et de cohésion sociale.
« Les pouvoirs publics doivent apprendre à faire mieux avec moins », résume le rapport, qui plaide pour une transformation en profondeur de la gestion des finances publiques.
Un diagnostic qui fait écho à la réalité congolaise
En République Démocratique du Congo, les défis évoqués par le FMI sont criants.
Selon les données du ministère des Finances, la masse salariale de la fonction publique absorbe à elle seule plus de 45 % des dépenses courantes. Une situation qui réduit fortement la capacité de l’État à investir dans les infrastructures ou les services essentiels.
De plus, les subventions à certains secteurs stratégiques, combinées à une gestion encore perfectible des marchés publics, continuent d’alimenter les rigidités budgétaires.
« L’enjeu n’est plus de mobiliser plus de recettes, mais d’en améliorer l’utilisation », souligne un économiste congolais.
« La RDC doit gagner en efficacité dans la dépense publique pour libérer de l’espace budgétaire productif », a-t-il souligné.
Les estimations du FMI montrent qu’une réaffectation intelligente des dépenses peut avoir un effet direct sur la croissance.
Une hausse de 1 % du PIB des investissements en infrastructures, compensée par une réduction équivalente des frais généraux de l’État, pourrait accroître la production de 3,5 % à long terme dans les pays en développement.
Une augmentation des dépenses d’éducation pourrait, elle, faire progresser la production potentielle de jusqu’à 6 %. Mieux encore, combler les écarts d’efficience évalués à près de 40 % pour les pays à faible revenu permettrait de booster la production de 2,5 à 7,5 % supplémentaires selon les contextes nationaux.
Le FMI appelle à un renforcement des institutions et de la gouvernance financière. Ses recommandations sont claires : instaurer des procédures de passation des marchés concurrentielles et transparentes ; renforcer la gestion des investissements publics pour mieux évaluer les projets et planifier leur entretien ; adopter des cadres budgétaires pluriannuels afin de lier stratégie et exécution ; accélérer la numérisation du circuit de la dépense publique.
Il sied de noter que la RDC a déjà engagé plusieurs chantiers dans ce sens : la réforme du SIGFIP (Système intégré de gestion des finances publiques), la traçabilité numérique des dépenses et la mise en place d’un cadre budgétaire à moyen terme (CBMT) figurent parmi les priorités du gouvernement.
« La qualité des institutions détermine la qualité de la dépense publique », rappelle le FMI, qui encourage la transparence et la reddition des comptes à tous les niveaux.
L’institution met également en garde contre la dérive des dépenses sociales mal ciblées. Dans le cas congolais, où près de 60 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, un meilleur ciblage des programmes d’assistance apparaît indispensable.
Pour la RDC, l’heure est à la rationalisation, pas à la restriction.
Le FMI recommande par ailleurs des réformes structurelles dans les systèmes de santé et de retraite afin de garantir leur viabilité, tout en encourageant l’alignement des salaires du secteur public sur ceux du privé. Ces mesures, précise le rapport, ne doivent pas être perçues comme antisociales : les dépenses d’investissement et d’éducation sont au contraire des leviers puissants de réduction des inégalités.
Avec une dette publique estimée à 22 % du PIB en 2025, la RDC conserve une marge de manœuvre relative. Mais la dynamique des dépenses impose une gestion rigoureuse pour éviter toute dérive.
Le Gouvernement congolais, sous la conduite de la Première Ministre Judith Suminwa Tuluka, a fait de la discipline budgétaire, de la bonne gouvernance et de la valeur ajoutée de la dépense publique des priorités nationales.
« Le défi n’est pas de dépenser plus, mais de dépenser mieux », martèle le rapport du FMI. Un message que Kinshasa ne peut ignorer alors qu’elle ambitionne de transformer ses ressources naturelles en véritable moteur de développement.
En définitive, le FMI ne plaide pas pour l’austérité, mais pour une gestion plus intelligente de l’argent public.
Pour la RDC comme pour le reste du monde, cela signifie « renforcer la transparence, investir dans le capital humain, améliorer la gouvernance, et concentrer les efforts sur les secteurs porteurs de productivité ». Un chemin exigeant, mais indispensable pour restaurer la confiance, relancer la croissance et assurer un développement équitable.
Olivier KAFORO





















