a la une
RDC : arrêt de production du cobalt à Mumi, un véritable chantage de Glencore !

L’arrêt de production dans la plus grande mine de cobalt, Mutanda Mining (MUMI), dans la province du Lualaba en Rd Congo pour au moins deux ans ressemble à un véritable chantage du géant minier suisse Glencore au gouvernement congolais. Et ce, en dépit de les impacts négatifs certains sur l’économie nationale, les communautés locales et les employés de cette société évalués à plus de 3 000 personnes.
Dans une analyse de Southern Africa resource watch (SARW), des activistes de la société civile pensent que Glencore utilise la baisse du prix du cobalt pour atteindre deux objectifs majeurs.
Obtenir la révision du Code minier
La démarche de la société mère de Mumi semble avoir pour objectif de forcer la main au nouveau gouvernement, attendu pour bientôt, pour une révision du code minier que la compagnie a juré d’obtenir.
« Si l’objectif réel de Glencore est de pousser à la révision du code minier, la meilleure attitude serait d’attendre que le nouveau gouvernement soit installé pour entamer des discussions qui pourraient aboutir à des aménagements de la législation minière. De telles discussions ne devraient pas être bilatérales ; elles devraient inclure toutes les parties ayant participé au processus de révision du code minier qui a duré de 2012 à 2018 », a indiqué SARW dans un communiqué officiel.
Ces activistes restent convaincus que la tendance de Glencore d’exercer des pressions à la limite du chantage sur les autorités congolaises, tout en mettant en péril la sécurité d’emploi et le bien-être des milliers de travailleurs et leurs familles ne doit plus être tolérée.
A RE(LIRE) : vers l’arrêt de production de Mutanda, la plus grande mine de Cobalt !
Échapper au fisc
Comme en 2015, rappelle SARW, Glencore veut encore éviter de payer la taxe sur le cobalt en tant que minerais stratégique tel que prévu par le Code minier révisé. Pour y parvenir, elle a procédé par la fermeture de la mine en attendant l’augmentation du prix du cobalt et la baisse par le nouveau gouvernement de la taxe sur ce minerai.
« Le comportement de Glencore n’est acceptable que dans un pays qui a perdu le contrôle sur ses ressources minières. Il est temps pour l’Etat Congolais de reprendre son rôle d’acteur et de régulateur du secteur extractif. Pour cela, le régime fiscal de la législation minière étant déclaratif, l’Etat doit se doter d’un système plus performant d’audit et de contrôle qui lui permette de vérifier la véracité ou le fondement des décisions de ses partenaires privés », estiment les analystes de SARW.
Dès lors, concluent – ils, aucune compagnie ne devrait être autorisée à fermer ses activités si les analyses montrent qu’elle peut facilement récupérer les pertes, surtout que, comme c’est le cas de Glencore, elle ne produit pas uniquement le cobalt, mais aussi le cuivre dont le prix est stable sur le marché international.
A RE(LIRE) AUSSI : Glencore soupçonnée de geler la vente de cobalt de KCC pour échapper au fisc
Fuite en avant de Glencore
A tout prendre, dans les milieux d’opérateurs miniers, la décision de Glencore de fermer la mine de Mutanda a très peu de crédibilité tant qu’elle reflète un type de comportement récurrent qui cache une stratégie bien pensée.
D’après SARW, cette société suisse a profité de l’embellie du marché pour s’octroyer des avantages indus et excessifs. Cela d’autant plus que la baisse du prix de cobalt a été en partie occasionnée par la surproduction qui a vu les compagnies, y compris Glencore, délibérément accumuler des stocks du cobalt.
« Ce stockage délibéré explique le maintien des prix à la baisse alors que le cobalt garde son importance stratégique croissante pour alimenter les véhicules électriques. Autrement dit, c’est l’opérateur responsable de la fluctuation du prix du cobalt qui s’en plaint le plus fort jusqu’à menacer de fermeture de ses opérations », précise le communiqué.
En rappel, la RDC détient 50 % de la production mondiale du Cobalt qui, lui, est extrait du cuivre. La mine Mutanda a produit environ 200 000 tonnes de cuivre et plus de 27 000 tonnes de cobalt, soit le 1/5ème de l’approvisionnement mondial en 2018.
Emilie MBOYO
Sur le même sujet :
RDC : Ce que dit le rapport «Mutanda Mining, Retrait qui fait gagner le géant»


















