Afrique
Afrique : l’essor des plateformes numériques pousse l’OIT à accélérer la régulation du travail

L’Organisation internationale du travail (OIT) a ouvert, le 1er juin à Genève, sa 114e Conférence internationale du travail avec un objectif ambitieux : élaborer le premier instrument mondial destiné à encadrer les droits des travailleurs des plateformes numériques.
Pendant douze jours, les représentants des 187 États membres examineront un texte visant à définir des standards internationaux en matière de rémunération, de protection sociale, de représentation syndicale et de gestion algorithmique du travail.
L’objectif est de mieux protéger les millions de travailleurs qui exercent leurs activités à travers des applications numériques sans bénéficier des garanties accordées aux salariés traditionnels.
À ce jour, le continent compte aujourd’hui près de 1,5 milliard d’habitants et dispose de la population active la plus dynamique du monde.
Selon les données de l’OIT, l’emploi informel représente encore 87,6 % des emplois en Afrique subsaharienne.
Dans le même temps, la région a enregistré 15,4 millions de nouveaux actifs entre 2024 et 2025, alors que seulement 14,6 millions d’emplois ont été créés. Près d’un million de personnes supplémentaires se sont ainsi retrouvées à la recherche d’opportunités économiques.
Cette pression sur le marché du travail favorise l’essor des plateformes numériques. Chauffeurs, livreurs, commerçants en ligne, développeurs indépendants ou prestataires de services numériques trouvent dans ces applications un accès rapide à des revenus.
La progression de la connectivité accélère également cette tendance. La 4G représente déjà près d’un tiers des connexions mobiles en Afrique subsaharienne et la pénétration de la 5G devrait atteindre 17 % d’ici 2030.
Cependant, cette croissance s’accompagne d’un défi majeur : celui de la protection des travailleurs. Dans de nombreux pays africains, les plateformes considèrent leurs prestataires comme des travailleurs indépendants, ce qui limite leur accès à la sécurité sociale, aux assurances et à certains mécanismes de protection du travail.
Cette problématique concerne directement la République démocratique du Congo. Dans son programme de second quinquennat, le Président Félix Tshisekedi a fixé l’objectif de créer 6,4 millions d’emplois.
Pour les analystes, la montée en puissance de l’économie numérique et des plateformes en RDC pourrait contribuer à cet objectif, notamment pour les jeunes urbains.
Toutefois, l’enjeu ne se limite pas à la création d’emplois. La qualité de ces emplois devient tout aussi importante que leur quantité.
Le débat engagé à Genève illustre ainsi une évolution profonde des politiques publiques : accompagner la transformation numérique tout en garantissant que les nouveaux emplois générés par les plateformes s’inscrivent dans une logique de travail décent, de protection sociale et de croissance inclusive.
Flory MUSISWA
























