Connect with us

Autres actualités

RDC : 56,9 % des mineurs artisanaux de cobalt se disent victimes d’exploitation et de travail forcé

Published

on

Plus d’un mineur artisanal congolais sur deux, soit 56,9 %, se considère comme victime de diverses formes de travail forcé et d’exploitation dans les sites de cobalt en République Démocratique du Congo (RDC). C’est ce que révèle le nouveau rapport de l’Université de Nottingham (Royaume-Uni), publié au mois d’août 2025.

Intitulé « Blood Batteries : The human rights and environmental impacts of cobalt mining in the Democratic Republic of the Congo », ce rapport revèle des réalités accablantes.

L’étude, menée auprès de 1.431 mineurs artisanaux dans les provinces du Lualaba (62,5 %) et du Haut-Katanga (37,5 %), qui ont assuré à elles seules 76 % de l’approvisionnement mondial en cobalt en 2024, dresse un tableau sombre :

– 36,8 % des mineurs interrogés se déclarent directement victimes de travail forcé;

– 9,2 % sont des enfants contraints de travailler pour subvenir aux besoins de leur famille;

– 6,5 % dénoncent une servitude pour dettes, contraints de rembourser des avances consenties par recruteurs ou employeurs;

– 4,4 % affirment être victimes de traite d’êtres humains.

En parallèle, 41,9 % rapportent avoir subi des sanctions pour « manque de rendement », tandis que plus de la moitié disent avoir été menacés ou abusés sur leur lieu de travail.

Le rapport souligne également que 27,7 % des sondés ont commencé à creuser alors qu’ils étaient encore mineurs, et que 87,8 % se sont tournés vers l’activité faute d’autres sources de revenus. La population des mineurs artisanaux reste peu instruite, avec une moyenne de 4 années de scolarité seulement.

Des revenus dérisoires et des conditions de santé dégradées

Les journées de travail s’étendent sur une moyenne de 9,5 heures, pour un revenu médian de 3,28 dollars par jour, avec une forte disparité hommes/femmes (3,52 dollars contre 1,84 dollar).

Près de deux tiers souffrent de pathologies chroniques : maladies respiratoires, dermatologiques, gastro-intestinales, troubles de la vision, problèmes gynécologiques, hernies discales ou encore fractures osseuses.

Malgré cette précarité, 70 % affirment vouloir quitter ce métier dangereux, mais n’en ont pas la possibilité, faute d’alternatives économiques. Seuls 7,3 % disposent d’une source secondaire de revenus.

Un impact environnemental alarmant

Les analyses d’échantillons d’eau menées autour des sites révèlent des concentrations en métaux lourds, arsenic, cadmium, plomb, 10 à 930 fois supérieures aux seuils fixés par l’OMS. Ces pollutions contaminent les rivières et nappes phréatiques, exposant les communautés locales à de graves risques sanitaires.

Pour les chercheurs, l’exploitation artisanale du cobalt illustre la face cachée de la transition énergétique mondiale. Alors que ce minerai est indispensable aux batteries électriques, aux smartphones et aux véhicules électriques, son extraction repose encore largement sur une économie de survie marquée par la précarité et la violence.

Les recommandations

Le rapport propose une série de mesures prioritaires :

– Instaurer une diligence raisonnable indépendante et transparente sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement, incluant la participation d’universitaires congolais, de la société civile et des communautés minières ;

– Obliger les fabricants de véhicules électriques et les grandes firmes technologiques à se conformer aux lois nationales et internationales en matière de droits humains et d’environnement ;

– Mettre en place des mécanismes de recours accessibles permettant aux mineurs de dénoncer abus et violations sans crainte de représailles ;

– Développer des alternatives économiques locales pour réduire la dépendance des familles au travail minier des enfants.

Un paradoxe minéral

La RDC dispose d’un potentiel minéral colossal, estimé à 24.000 milliards de dollars en ressources inexploitées. Pourtant, cette richesse reste pour l’heure synonyme de souffrance et de marginalisation pour une grande partie de ses exploitants artisanaux.

La question qui se pose dès lors est claire : comment transformer cette manne en véritable levier de développement inclusif, plutôt qu’en piège d’exploitation avec une pauvreté accrue ?

Flory MUSISWA

Advertisement
Advertisement Zoomeco

Edito

ZoomEco TV