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RDC : La loi agricole portée par Marie-Claire Kengo wa Dondo, un tournant vers la souveraineté économique

La proposition de loi agricole déposée par Marie-Claire Kengo wa Dondo Mokandake sera examinée ce mardi 7 avril 2026, par les députés nationaux à l’Assemblée nationale. Elle s’inscrit dans la dynamique ou certaines décisions législatives dépassent le cadre d’un secteur pour s’inscrire dans une véritable orientation nationale. Une séance attendue, tant elle pourrait marquer un tournant dans la stratégie économique de la République démocratique du Congo.
Derrière cette réforme, portée par la députée Marie-Claire Kengo wa Dondo Mokandakese, se joue une question essentielle ,celle de la capacité du pays à garantir sa stabilité économique dans un contexte mondial de plus en plus instable.
Le diagnostic est sans appel. Chaque année, la RDC consacre plus de 2 milliards de dollars à l’importation de denrées alimentaires de base céréales, huiles, produits carnés malgré un potentiel agricole estimé à près de 80 millions d’hectares cultivables. À peine 10 % de ces terres sont aujourd’hui exploitées.
Ce déséquilibre ne traduit pas un manque de ressources, mais plutôt un déficit d’organisation et de structuration du secteur.
Une trajectoire économique inversée
Ce constat contraste fortement avec les décennies post-indépendance. Entre les années 1960 et 1980, l’agriculture représentait jusqu’à 40 % des revenus nationaux. Café, cacao, coton ou huile de palme constituaient alors des piliers des exportations congolaises.
L’exemple de l’huile de palme est particulièrement révélateur : née dans le bassin du Congo, cette filière est aujourd’hui dominée par l’Asie du Sud-Est, tandis que la RDC dépend désormais des importations pour sa consommation interne.
Une vulnérabilité aux chocs mondiaux
Cette dépendance structurelle expose directement le pays aux turbulences internationales. La Guerre en Ukraine a perturbé les chaînes d’approvisionnement en céréales, tandis que les tensions au Moyen-Orient, notamment autour de l’Iran, ont contribué à la hausse des coûts énergétiques et des intrants agricoles.
Résultat : les fluctuations des prix mondiaux se répercutent immédiatement sur les marchés locaux, accentuant l’inflation et fragilisant le pouvoir d’achat des ménages.
Une loi pour structurer et sécuriser
C’est pour répondre à cette vulnérabilité que la proposition de loi introduit la notion de produits agricoles prioritaires. Une approche qui vise à concentrer les efforts sur des filières stratégiques telles que le riz, le manioc, le maïs ou encore l’huile de palme.
L’objectif est d’organiser la production, structurer les chaînes de transformation et réduire la dépendance extérieure.
Au-delà de l’agriculture, c’est toute l’architecture économique qui est en jeu.
Un choix de modèle économique
La réforme pose une question fondamentale « quel modèle de développement la RDC souhaite-t-elle adopter ? » Un modèle dépendant des importations et exposé aux crises internationales qu’il s’agisse de conflits ou de pandémies comme la COVID-19 ou une économie capable de produire, transformer et sécuriser ses approvisionnements ?
Les implications sont multiples :
• produire localement pour réduire la pression sur les réserves en devises
• investir dans l’agriculture pour créer massivement des emplois
• structurer les filières pour renforcer la résilience économique
Un rendez-vous parlementaire stratégique
L’examen de ce texte au Parlement constitue donc bien plus qu’une étape législative classique. Il s’agit d’un moment charnière pour l’orientation économique du pays.
Dans un monde marqué par la volatilité des marchés et la multiplication des crises, la question alimentaire devient un levier central de souveraineté.
Le vote attendu dans les prochains jours pourrait ainsi redéfinir durablement la trajectoire économique de la République démocratique du Congo.
Car au fond, une interrogation demeure ,un pays peut-il durablement assurer son développement sans maîtriser sa capacité à se nourrir ?
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