Economie
RDC : Chemaf menace de fermer ses mines, 4.300 emplois en suspens

La possible fermeture des mines Etoile et Mutoshi par Chemaf souligne à la fois la vulnérabilité des milliers d’emplois menacés et les tensions persistantes dans la gouvernance minière congolaise, où enjeux sociaux, financiers et souverains s’entrechoquent.
L’avenir de 4.300 travailleurs congolais est désormais suspendu à la capacité de Chemaf Resources de trouver un nouveau partenaire financier.
L’opérateur des mines de cuivre et de cobalt, Etoile et Mutoshi, installé en République Démocratique du Congo (RDC), a annoncé qu’il pourrait arrêter ses activités d’ici fin novembre 2025 faute d’investisseur, selon un courriel adressé par son président Shiraz Virji.
Depuis plus d’un an, Chemaf tente de se relever d’une situation financière difficile en cherchant à s’associer à un acteur capable d’éponger ses dettes et de soutenir ses projets en RDC.
Le chinois Norinco avait fait figure de sauveur en proposant une offre estimée à 1,4 milliard USD. Mais, le processus a capoté en mars dernier, en raison du blocage de la Gécamines, propriétaire initiale du bail minier.
La compagnie publique avait, de son côté, présenté une offre symbolique d’un million de dollars américains pour reprendre les actifs d’Etoile et de Mutoshi, sans suite concrète.
Face à cet échec, Chemaf se dit toujours en quête d’un « investisseur approprié », mais prévient qu’elle n’aura d’autre choix que de cesser ses activités dans les deux prochains mois si aucun accord n’est trouvé. Une décision qui pèserait lourdement sur l’avenir des milliers de familles vivant des emplois directs et indirects liés à ces deux mines.
Pour l’heure, aucune précision n’a été apportée quant aux mesures envisagées pour le personnel en cas de fermeture.
En août dernier, la société (Chemaf) avait déjà laissé entrevoir les difficultés en cours, reconnaissant que les opérations se poursuivaient « lentement », le temps de finaliser le processus d’investissement.
Cette mise en garde semble désormais prendre une tournure plus alarmante, au moment où le secteur minier congolais reste confronté à de multiples enjeux, entre pressions financières, exigences de rentabilité et bras de fer avec la Gécamines.
Pour Chemaf, un accord de financement représenterait bien plus qu’une simple bouffée d’oxygène : il permettrait non seulement de sauver des milliers d’emplois, mais aussi de soutenir son ambition industrielle.
La société prévoit de porter la production annuelle des mines Etoile et Mutoshi à 75.000 tonnes de cuivre et 20.000 tonnes de cobalt, des volumes stratégiques pour un pays qui ambitionne de rester incontournable dans l’approvisionnement mondial de minerais de transition énergétique.
D’aucuns pensent qu’au-delà du cas Chemaf, cette situation révèle les fragilités structurelles du secteur minier congolais.
Entre incertitudes réglementaires, interférences politiques et poids prépondérant de la Gécamines, les investisseurs étrangers se retrouvent souvent confrontés à un environnement complexe où les négociations financières se mêlent aux enjeux de souveraineté nationale.
En clair, la crise actuelle pose donc une double question : comment garantir la protection des travailleurs congolais, premiers touchés par ces blocages, tout en préservant la confiance des investisseurs dans un secteur qui représente l’un des principaux leviers économiques du pays ?
La réponse pourrait être déterminante pour l’avenir de la filière cuivre-cobalt en RDC, au moment où le monde entier cherche à sécuriser ses approvisionnements en minerais stratégiques pour la transition énergétique.
Olivier KAFORO





















