Economie
RDC : Idriss Linge décrypte les enjeux du journalisme économique

À l’issue de trois jours de formation intensive organisée par le Fonds monétaire international (FMI) en partenariat avec l’Agence Ecofin, du 17 au 19 mars 2026 à Kinshasa, Idriss Linge, Directeur d’Ecofin et de l’Ecofin Academy, revient, dans une interview exclusive accordée à zoom-eco.net, sur les enseignements clés et les défis du journalisme économique en Afrique, et en République démocratique du Congo en particulier.
Entre pédagogie, rigueur analytique et ouverture à l’intelligence artificielle, il esquisse les contours d’un métier en pleine mutation.
À ce titre, il structure son argumentaire autour de 5 blocs des réflexions :
1. Sur les acquis de la formation
Dès l’entame, Idriss Linge estime que journalisme économique ne peut plus se limiter à relater des faits.
« Aujourd’hui, les faits sont accessibles à tous. Notre valeur réside ailleurs : dans la capacité à comprendre les contextes, à décrypter les interactions et à anticiper les effets. », explique-t-il. Une approche qui marque un changement de paradigme pour les journalistes formés, désormais appelés à aller au-delà de l’information brute pour en révéler les implications concrètes.

Cette exigence s’inscrit dans une meilleure compréhension des mécanismes économiques.
Idriss Linge insiste : « L’économie n’est pas une succession d’événements, c’est un système. »
Une décision publique comme une hausse des salaires peut produire des effets multiples, en l’occurrence inflation, redistribution de la main-d’œuvre ou déséquilibres sectoriels.
Selon lui, le journaliste doit savoir analyser et expliquer au public.
2. Sur la compréhension du rôle du FMI
Sur la question du rôle du Fonds monétaire international (FMI), souvent mal perçu, le Directeur d’Ecofin s’attache à déconstruire les idées reçues.
« Beaucoup pensent que le FMI est un « fonds » destiné à financer le développement. Ce n’est pas son rôle », clarifie-t-il.
Institution née pour prévenir les crises économiques mondiales, le FMI agit avant tout comme un stabilisateur : « il intervient en période de crise, prête sous conditions et conseille les États. » Une distinction essentielle pour améliorer la qualité du traitement médiatique des questions économiques.
3. Sur les défis du journalisme économique en RDC
Dans le contexte spécifique de la RDC, où certaines informations sont jugées sensibles, Idriss Linge invite à une approche méthodique et dépassionnée.
« La sensibilité ne vient pas du fait, elle vient du contexte, des intérêts en jeu et de la manière dont l’information est présentée », souligne-t-il.
D’après lui, le véritable risque n’est pas de traiter ces sujets, mais de les personnaliser.
« Une information bien contextualisée, fondée sur des mécanismes économiques, devient difficilement contestable, même si elle dérange. », soutient-il.
4. Sur l’intention de l’intelligence artificielle
L’intégration de l’intelligence artificielle constitue un autre axe fort de cette formation.
Idriss Linge relativise son caractère révolutionnaire tout en reconnaissant son potentiel : « L’IA devient une mémoire rapide, un outil de compréhension, un accélérateur d’analyse. »
Toutefois, il met en garde contre toute tentation de substitution : « Elle ne remplace pas le journaliste. (…) Le rôle évolue : moins chercher l’information brute, plus organiser la compréhension. »
En d’autres termes, l’outil technologique renforce la capacité d’analyse, mais ne saurait remplacer le jugement humain.
5. Sur les perspectives et la continuité
Enfin, cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large de renforcement des capacités sur le continent.
« La formation que nous venons de conduire à Kinshasa n’est pas une initiative isolée », rappelle-t-il, évoquant des programmes similaires menés au Cameroun et dans la zone UMOA.
L’ambition est claire : « Il ne s’agit pas seulement de former. Il s’agit de contribuer à une meilleure compréhension des dynamiques économiques africaines. »

Au-delà des apprentissages techniques, cette formation laisse entrevoir une transformation durable du journalisme économique en RDC. Un journalisme plus rigoureux, plus analytique et surtout plus utile, dans un contexte où l’information économique influence directement les décisions des citoyens : investir, consommer ou épargner. Une responsabilité que les participants semblent désormais mieux armés à assumer.
À propos de Idriss Linge
De son patronyme officiel Njutapvoui Kpoumie Idriss Hamed, Idriss Linge cumule une vingtaine d’années dans le journalisme, avec une spécialisation en presse économique puis financière à l’Agence Ecofin (depuis 2013, secteur « Finance »).
Formé par la Fondation Thomson-Reuters, Bloomberg Media Initiative, Columbia University et Wits University, il a reçu le Citi Journalistic Excellence Award. Il développe aussi une expertise en mines, développement local et fiscalité, et collabore avec « The Tax Justice Network ».
Rédacteur en chef de l’Agence Ecofin depuis juin 2021, il renforce les équipes de rédaction de l’agence et de ses médias.
Flory MUSISWA






















