Finance
RDC : Les entreprises publiques ont cumulé 5,3 milliards USD de pertes en dix ans (rapport)

Les entreprises publiques de la République démocratique du Congo (RDC) ont enregistré des pertes de trésorerie cumulées estimées à 5,3 milliards de dollars américains entre 2014 et 2023, soit en moyenne plus de 500 millions USD par an, selon un rapport de la Banque mondiale intitulé « du parking à la voie rapide : réformer les entreprises publiques ».
D’après cette étude, ces pertes représentent environ 0,7 % du PIB, un niveau équivalent à près du budget annuel du secteur de la santé. Une situation qui met en évidence le poids croissant des entreprises publiques sur les finances de l’État, dans un contexte marqué par des faiblesses structurelles persistantes.
La Banque mondiale rappelle qu’historiquement, les entreprises publiques ont joué un rôle clé dans le développement des infrastructures et de l’industrie, notamment dans un environnement où les marchés financiers restent peu développés.
Toutefois, cette institution de Bretton Woods souligne que leur gouvernance déficiente est devenue une source majeure de risques budgétaires et d’inefficacités macroéconomiques.
Malgré des réformes engagées depuis plus de deux décennies, les résultats restent jugés mitigés. La loi de 2008, qui visait à transformer ces entités en sociétés commerciales, a permis des avancées sur le plan juridique, sans toutefois générer d’améliorations opérationnelles significatives.
Les initiatives ultérieures contrats de performance, amélioration du reporting financier ou encore renforcement de la surveillance ont contribué à structurer le cadre institutionnel.
Néanmoins, leur impact demeure limité, en raison notamment de la faible application des textes, d’inefficacités structurelles persistantes et de pressions politico-économiques.
Les pertes financières se concentrent principalement au sein de grandes entreprises opérant dans des secteurs stratégiques, telles que la SNEL (électricité), la REGIDESO (eau), la SNCC (transport ferroviaire), l’ONATRA (transport multimodal) et la Gécamines (secteur minier).
Leur endettement a progressé, passant de 5,7 % du PIB en 2019 à 7,3 % en 2023, soit 42 % de la dette publique extérieure. À elle seule, la SNEL représente environ 75 % de cette dette, suivie par la Gécamines avec 16 %.
À ces dettes explicites s’ajoutent des passifs implicites importants, notamment des arriérés de salaires pouvant dépasser 100 mois dans certaines entreprises, ainsi que des obligations fiscales non réglées estimées à 1,6 % du PIB en 2023.
Le rapport met également en évidence des tensions aiguës de liquidité. Les délais de recouvrement des créances dépassent en moyenne 1.400 jours, traduisant des difficultés chroniques de facturation et de recouvrement, y compris auprès des administrations publiques.
Parallèlement, les délais de paiement des fournisseurs peuvent excéder trois ans, illustrant une forte dépendance aux arriérés pour assurer le fonctionnement courant de ces entreprises.
Pour la Banque mondiale, ces contre-performances trouvent leur origine dans des défaillances profondes de gouvernance.
Bien que le ministère du Portefeuille soit théoriquement chargé de la supervision, d’autres acteurs institutionnels continuent d’intervenir dans la gestion, brouillant les responsabilités.
En outre, plusieurs entreprises publiques ne disposent pas de conseils d’administration indépendants et compétents, tandis que les nominations des dirigeants échappent souvent à des critères transparents.
Le déficit de transparence reste marqué : en 2024, seules 10 des 20 principales entreprises publiques ont publié leurs états financiers, et seulement 5 l’ont fait de manière régulière au cours des cinq dernières années.
Les faiblesses des entreprises publiques ont des répercussions directes sur l’économie nationale. L’accès limité à l’électricité renchérit les coûts de production, les insuffisances dans les transports freinent l’intégration régionale, tandis que les défaillances dans la distribution d’eau affectent particulièrement les ménages les plus vulnérables.
Dans le secteur minier, les performances insuffisantes des entreprises publiques entraînent également des pertes de revenus pour l’État. À mesure que les déficits s’accumulent, ils réduisent les marges budgétaires disponibles pour les dépenses sociales et les investissements publics.
Le rapport souligne l’urgence d’engager des réformes approfondies. Selon des simulations, un défaut généralisé de paiement de la dette par les grandes entreprises publiques pourrait coûter jusqu’à 179 millions USD au Trésor en une seule année.
À l’inverse, l’amélioration des pratiques de gestion et la rationalisation des effectifs permettraient de réduire les pertes annuelles à une fourchette comprise entre 33 et 61 millions USD.
À plus long terme, une réforme efficace pourrait accroître la productivité globale et relever la croissance potentielle du pays d’environ 2 points de pourcentage.
S’inspirant des expériences internationales, la Banque mondiale recommande une professionnalisation accrue de la gestion des participations de l’État, une séparation claire entre missions commerciales et service public, ainsi qu’une transparence renforcée.
La mise en place de conseils d’administration indépendants, l’application de contraintes budgétaires strictes et une tarification basée sur les coûts figurent également parmi les pistes envisagées pour redresser durablement ces entreprises.
Pour l’institution, la réforme des entreprises publiques apparaît désormais comme un levier essentiel pour améliorer la gouvernance économique, renforcer la viabilité budgétaire et soutenir une croissance plus inclusive en RDC.
Mitterrand MASAMUNA






















