Afrique
Afrique : 3,1 milliards USD levés en 2025, le capital-risque change de centre de gravité

Après deux années de gel quasi total, le capital-risque africain sort enfin de l’ornière.
En 2025, les startups du continent ont levé 3,1 milliards de dollars, contre 2,2 milliards en 2024, soit une progression de 41 %. Une reprise nette, mais loin d’être homogène : le financement tech africain n’avance plus d’un seul bloc. Il se fragmente, se spécialise et redessine ses centres de gravité.
Ces révélations sont issues du nouveau rapport de Launch Base Africa, publié le lundi 5 janvier 2025.
Selon cette plateforme de suivi et d’intelligence économique, la dynamique continentale est désormais tirée par quelques pôles très ciblés, au détriment des anciens leaders généralistes.
Pour la première fois en près de dix ans, le Nigeria n’est plus le moteur incontesté du capital-risque africain.
Malgré la croissance globale du marché, sa part relative recule fortement. Avec 410,1 millions de dollars levés, le pays glisse à la quatrième place, dépassé par un Kenya en pleine ascension et un marché égyptien en phase de consolidation.
Le grand gagnant de 2025 est sans conteste le Kenya, qui s’impose comme première destination du capital-risque africain avec 933,6 millions de dollars, frôlant le seuil symbolique du milliard.
Cette performance repose sur des transactions massives dans les énergies renouvelables et la mobilité électrique, deux secteurs jugés stratégiques par les fonds internationaux en quête d’actifs tangibles et à impact mesurable.
Derrière, l’Afrique du Sud capte 625,7 millions de dollars, portée par des tours tardifs en fintech et insurtech, tandis que l’Égypte collecte 430 millions de dollars, principalement dans la logistique et le financement par emprunt.
Si les « quatre grands » dominent toujours le paysage, leur hiérarchie interne a été profondément bouleversée.
Le Nigeria, longtemps au coude-à-coude pour la première place, se retrouve relégué, talonné par un Sénégal en forte progression à 154,2 millions de dollars, largement tiré par la fintech Wave.
Le recul nigérian s’explique avant tout par des facteurs macroéconomiques. La dévaluation persistante du naira érode les rendements en devises, la forte inflation pèse sur la consommation et fragilise les modèles B2C, tandis que la rareté des sorties limite les perspectives de liquidité.
À l’inverse, l’Afrique du Sud bénéficie d’un marché plus actif en fusions-acquisitions, renforçant la confiance des investisseurs.
Au-delà des chiffres, l’analyse de Launch Base Africa met en lumière un basculement plus profond : les capitaux privilégient désormais les écosystèmes capables de générer des retombées structurelles ; infrastructures énergétiques, data industrielle, mobilité propre, emplois qualifiés, plutôt que la seule promesse de croissance rapide.
Dernier signal fort : le silence persistant de l’Afrique francophone, hors Sénégal.
Absente des grands tickets et des secteurs stratégiques, la région souffre moins d’un déficit d’innovation que d’un manque de marchés profonds, de mécanismes de sortie crédibles et de cadres suffisamment attractifs pour le capital international.
En 2025, le message des investisseurs est clair : le capital-risque africain est de retour, mais il finance désormais la stabilité, la spécialisation sectorielle et la capacité à délivrer des sorties, bien plus que les promesses généralistes d’hier.
E. M






















