Afrique
Afrique : Les IDE en chute libre de 42 % au premier semestre 2025 (CNUCED)

Le continent africain, frappé de plein fouet par le ralentissement de l’investissement mondial, n’a attiré que 28 milliards de dollars d’IDE sur les six premiers mois de l’année.
Selon le dernier rapport de l’ONU Commerce et Développement (ex-CNUCED), publié le 31 octobre 2025, les flux d’investissements directs étrangers (IDE) à destination de l’Afrique se sont effondrés de 42 % au premier semestre 2025, pour s’établir à 28 milliards de dollars.
Cette dégringolade, expliquent les experts, reflète la détérioration du climat mondial des investissements, dans un contexte marqué par la montée des tensions commerciales, la persistance des incertitudes géopolitiques et la hausse prolongée des taux d’intérêt, qui freinent les prises de risque.
La baisse est la plus marquée en Afrique du Nord, où les flux d’IDE ont chuté à 11 milliards de dollars entre janvier et juin 2025, contre 27 milliards sur la même période en 2024. La performance exceptionnelle enregistrée l’an dernier tenait largement au mégaprojet égyptien de Ras El-Hekma, porté par le fonds souverain Abu Dhabi Developmental Holding Company, qui avait gonflé les chiffres régionaux.
Des chiffres qui varient
En Afrique subsaharienne, les IDE ont également reculé, mais de manière plus modérée : -23 % en glissement annuel, à 17 milliards de dollars.
Alors que les flux d’IDE vers l’Afrique plongent, d’autres régions du monde en développement parviennent à maintenir le cap. Les investissements sont restés stables dans l’ensemble, avec des progressions notables en Amérique latine et dans les Caraïbes (+12 %) et en Asie en développement (+7 %).
À l’échelle mondiale, les IDE ont reculé de 3 %, à 737 milliards de dollars, la contraction provenant principalement des économies développées, où les fusions-acquisitions transfrontalières – habituellement un moteur clé – ont chuté de 18 %, à 173 milliards de dollars.
Le rapport de l’ONU alerte aussi sur un recul inquiétant des investissements dans les secteurs essentiels aux Objectifs de développement durable (ODD).
Les projets industriels et d’infrastructures ont particulièrement souffert de la flambée des coûts d’emprunt et des incertitudes économiques : les projets greenfield (création de nouvelles activités à l’étranger) ont chuté de 17 % en nombre, les investissements manufacturiers liés aux chaînes d’approvisionnement mondiales (textile, électronique, automobile) ont plongé de 29 %, le financement de projets internationaux a reculé de 11 % en volume et de 8 % en valeur.
Les investissements dans les infrastructures ont même accusé un recul de 31 % en valeur et de 25 % en nombre, avec un effondrement marqué en Amérique latine et dans les Caraïbes (-78 % en valeur).
Plus alarmant encore, aucun nouveau projet dans le secteur de l’eau et de l’assainissement n’a été lancé en Afrique ni dans les pays les moins avancés.
Des lueurs d’espoir
Quelques secteurs résistent toutefois à la tendance générale. Les investissements dans la santé ont progressé de 37 % dans les économies en développement, tandis que ceux dans l’agroalimentaire sont restés stables, confirmant la résilience de ces domaines jugés stratégiques.
Selon les prévisions de l’ONU Commerce et Développement, le climat mondial de l’investissement devrait rester tendu jusqu’à la fin de 2025.
Les tensions géopolitiques, la fragmentation économique et les efforts de relocalisation des chaînes d’approvisionnement continueront à peser sur les flux.
Toutefois, l’organisation entrevoit un possible embelli : un assouplissement des conditions financières, la reprise des fusions-acquisitions au troisième trimestre et une hausse des dépenses des fonds souverains pourraient favoriser une légère reprise d’ici la fin de l’année.
Olivier KAFORO





















