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Afrique : Les pays du Golfe défient l’ambition de transformation locale des minéraux critiques

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Les pays africains producteurs de graphite, de lithium ou de terres rares affichent une ambition croissante : transformer localement leurs minéraux critiques pour capter davantage de valeur ajoutée. Cette volonté se heurte toutefois à une dynamique concurrente, portée par les pétromonarchies du Golfe, qui cherchent à se positionner comme hubs mondiaux de transformation.

Cette rivalité se traduit par plusieurs projets récents. Le 12 janvier, la société canadienne NextSource Materials a signé des protocoles d’accord pour construire une usine de transformation de graphite aux Émirats arabes unis, alimentée par sa production issue de la mine Molo à Madagascar.

Quelques jours plus tard, Northern Graphite a conclu un partenariat avec le conglomérat saoudien Obeikan Group pour développer une usine similaire en Arabie saoudite, approvisionnée par la mine Okanjande en Namibie.

Ces initiatives reflètent l’intérêt croissant de Riyad et d’Abou Dhabi pour les minéraux critiques, essentiels à la transition énergétique mondiale et aux batteries de véhicules électriques, dans un contexte où la Chine domine la transformation mondiale du graphite.

Les pays occidentaux cherchent à réduire cette dépendance, créant de nouvelles opportunités pour des centres industriels alternatifs.

NextSource, qui exploite Molo depuis 2023, ambitionne de remonter la chaîne de valeur avec une usine d’anodes pour batteries destinée aux marchés internationaux. Initialement envisagé à l’île Maurice, le projet a été réorienté vers le Moyen-Orient pour bénéficier de procédures simplifiées, d’infrastructures solides et d’avantages commerciaux, comme les droits de douane américains réduits pour les Émirats.

Northern Graphite avance des arguments similaires pour son projet de 200 millions USD en Arabie saoudite : faibles coûts énergétiques et de main-d’œuvre, soutien gouvernemental, conditions de financement attractives et accès aux marchés américains et européens, souligne le PDG Hugues Jacquemin.

Derrière ces projets, l’Arabie saoudite et les Émirats poursuivent une stratégie de diversification économique, mobilisant leurs fonds souverains pour investir massivement dans les minéraux critiques et attirer les investisseurs étrangers.

Face à cette offensive industrielle, les producteurs africains disposent de marges de manœuvre limitées.

La Namibie et la Tanzanie ont interdit l’exportation à l’état brut de certains minéraux critiques pour favoriser la transformation locale, mais ces ambitions se heurtent à la pression des pétrodollars du Golfe, selon Nafi Quarshie, directrice Afrique du Natural Resource Governance Institute.

Des accords bilatéraux pourraient toutefois permettre aux pays africains d’attirer des investissements dans l’exploration et la production, en échange de facilités d’exportation vers les hubs saoudiens ou émiratis.

À court terme, l’accord entre Northern Graphite et Obeikan pourrait relancer le projet Okanjande en Namibie, avec une coentreprise détenue à 51 % par le groupe saoudien, destinée à fournir jusqu’à 50.000 tonnes par an de concentré de graphite pour l’usine saoudienne.

Olivier KAFORO

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