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Dossier

RDC : comment l’EGC veut repositionner le cobalt artisanal congolais dans la chaîne de valeur mondiale

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Longtemps perçu comme le maillon faible de l’industrie du cobalt en République démocratique du Congo (RDC), le secteur minier artisanal semble amorcer une nouvelle phase.

Six ans après la création de l’Entreprise générale du cobalt (EGC), les premiers résultats opérationnels revendiqués par l’entreprise publique traduisent une montée en puissance qui dépasse le stade expérimental.

Production continue, exportations conformes aux quotas, nouveaux partenariats industriels et ambition de développer une industrie locale de raffinage : le modèle que défend aujourd’hui l’EGC s’inscrit dans une stratégie plus large de souveraineté minière et industrielle.

Dans une récente sortie médiatique en marge du Mining On Top Africa (MOTA) organisé à Paris, le directeur général de l’EGC, Eric Kalala, est revenu sur cette évolution et a exposé les ambitions de cette entreprise publique.

Créée en 2019 avec pour mission d’organiser l’achat, le traitement et l’exportation du cobalt issu de l’exploitation artisanale, l’EGC a longtemps été confrontée à des obstacles structurels.

L’absence de zones d’exploitation artisanale adaptées, les difficultés d’encadrement des coopératives minières et les lenteurs administratives avaient considérablement retardé le déploiement de ses activités.

L’annonce, en novembre 2025, d’une première production de 1.000 tonnes de cobalt artisanal entièrement traçable constituait une première étape. Mais pour Eric Kalala, cette production ne représente pas un projet pilote appelé à s’arrêter.

L’objectif affiché est désormais d’atteindre 5.000 tonnes d’équivalent métal de cobalt en 2026, avec une production présentée comme un flux permanent plutôt qu’une opération ponctuelle. Cette évolution traduit surtout la mise en place progressive d’une véritable organisation industrielle du secteur artisanal.

Une performance qui distingue l’EGC

L’un des principaux indicateurs mis en avant par la direction de l’entreprise concerne les exportations.

Au cours du premier semestre 2026, l’EGC affirme avoir exporté environ 3.000 tonnes, soit 100 % du quota qui lui avait été attribué par l’Autorité de régulation et de contrôle des marchés des substances stratégiques (ARECOMS).

Dans le même temps, selon Eric Kalala, la moyenne nationale serait restée autour de 60 %. Pour le directeur général, cette performance ne découle pas du statut d’entreprise publique.

Au contraire, Eric Kalala insiste sur le fait que le système de quotas s’est appliqué « de manière équitable à l’ensemble des opérateurs » et attribue les résultats obtenus à une organisation logistique rigoureuse, mobilisant l’ensemble des équipes ainsi que les partenaires chargés des opérations douanières.

Au-delà des volumes exportés, l’EGC estime avoir démontré que le cobalt issu de l’exploitation artisanale peut satisfaire les exigences internationales de traçabilité et d’approvisionnement responsable.

Le corridor de Lobito, un nouvel axe stratégique

Autre symbole de cette montée en puissance : l’EGC revendique être la première entreprise congolaise à avoir exporté du cobalt via le corridor de Lobito.

Cette infrastructure, qui relie la région minière du Katanga au port angolais de Lobito, est appelée à devenir un axe majeur d’exportation des minerais stratégiques d’Afrique centrale vers les marchés occidentaux.

Pour la RDC, la diversification des corridors logistiques constitue un enjeu stratégique dans un contexte où la compétition internationale autour des minerais critiques ne cesse de s’intensifier.

Le développement des activités de l’EGC repose également sur l’accès à de nouveaux espaces miniers.

Après l’attribution de plusieurs carrés miniers par la Gécamines en 2024, l’entreprise publique a engagé de nouveaux partenariats avec différents opérateurs industriels. Un protocole d’accord a notamment été signé avec Eurasian Resources Group (ERG), tandis que des discussions sont également en cours avec Virtus, propriétaire du projet Mutoshi. L’objectif est double.

D’une part, créer suffisamment de zones d’exploitation artisanale afin d’intégrer les milliers de creuseurs dans un cadre légal et sécurisé.

D’autre part, réduire les conflits récurrents entre exploitants artisanaux et sociétés industrielles, souvent confrontées à des occupations informelles de leurs concessions.

En parallèle, l’EGC travaille avec le ministère des Mines à l’identification de nouvelles Zones d’exploitation artisanale (ZEA), tout en préparant l’extension de ses activités vers d’autres minerais stratégiques, notamment les minerais dits « 3T » : l’étain, le tungstène et le tantale.

La formalisation de l’exploitation artisanale vise également à répondre aux préoccupations sociales et sécuritaires qui caractérisent depuis longtemps le secteur.

Selon Eric Kalala, l’EGC privilégie des exploitations à ciel ouvert après des études géologiques préalables afin de limiter les risques d’éboulements, particulièrement fréquents dans les galeries artisanales.

L’entreprise affirme également vouloir instaurer davantage de transparence dans les transactions commerciales, renforcer la gouvernance des coopératives minières et améliorer progressivement la rémunération des artisans.

Toutefois, le directeur général reconnaît qu’il est encore trop tôt pour mesurer précisément l’impact économique de cette politique sur les revenus des mineurs.

Des indicateurs de suivi devraient être progressivement mis en place à mesure que les opérations gagneront en ampleur.

Le raffinage, prochain défi de la RDC

Au-delà de l’organisation du secteur artisanal, l’EGC inscrit désormais son action dans une stratégie industrielle plus ambitieuse. La signature d’un protocole avec EVelution Energy et Trafigura illustre cette orientation. L’accord vise notamment à accompagner le développement des capacités américaines de raffinage du cobalt, aujourd’hui largement dominées par la Chine.
Pour Eric Kalala, cette coopération ne constitue pas une contradiction avec la volonté affichée par Kinshasa de transformer davantage de minerais localement.

Au contraire, elle doit permettre à la RDC d’acquérir les compétences technologiques nécessaires pour développer à son tour une capacité nationale de raffinage.

À travers le Conseil congolais de la batterie, les autorités souhaitent progressivement construire une véritable industrie locale intégrant l’ensemble de la chaîne de valeur : raffinage, fabrication des matériaux pour batteries, puis assemblage de véhicules électriques, de motos électriques et même de drones.

Avec ses importantes réserves de cobalt, de lithium, de manganèse et d’autres minerais critiques, la RDC entend ne plus se limiter au rôle de fournisseur de matières premières.

Une nouvelle doctrine minière

Les propos du directeur général de l’EGC traduisent une évolution de la politique minière congolaise. Pendant plusieurs décennies, le débat s’est concentré sur l’augmentation des volumes d’extraction.

Aujourd’hui, l’enjeu porte davantage sur la maîtrise de la chaîne de valeur, la formalisation de l’exploitation artisanale et la création de valeur ajoutée sur le territoire national.

La réussite de cette stratégie dépendra toutefois de plusieurs facteurs : la capacité à sécuriser durablement les sites artisanaux, à attirer des investissements industriels dans le raffinage, à développer les compétences locales et à maintenir une gouvernance suffisamment transparente pour répondre aux exigences des marchés internationaux.

Pour l’EGC, les premiers résultats revendiqués constituent un signal encourageant.

Reste désormais à transformer cette montée en puissance opérationnelle en véritable levier de développement industriel pour la République démocratique du Congo.

Olivier KAFORO

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