Economie
RDC : six mois avant l’entrée en vigueur du décret réservant le petit commerce aux seuls congolais

Il faudra attendre six mois avant l’entrée en vigueur du décret reservant l’exercice du petit commerce et de commerce de détail aux seuls congolais en République Démocratique du Congo. C’est ce qu’annonce un communiqué du ministère de l’Economie nationale précisant les mesures d’application dudit décret ce samedi 2 mai 2026.
Derrière cette réforme, une logique économique assumée : rééquilibrer le jeu concurrentiel en faveur des opérateurs nationaux tout en préservant des espaces d’attractivité pour les capitaux étrangers. Une ligne de crête qui traduit la volonté de l’Exécutif de mieux organiser un secteur encore largement dominé par l’informel.
Le cœur de la réforme repose sur une distinction désormais formalisée entre trois segments : le petit commerce, le commerce de détail et le commerce de détail spécialisé à forte intensité de capital.
Dans ce nouveau schéma, les deux premiers segments sont strictement réservés aux congolais.
Selon le ministère de l’Economie nationale, cette orientation marque un tournant politique et économique. Elle vise à protéger les petits opérateurs locaux, souvent fragilisés par la concurrence étrangère dans les activités à faible capital.
En filigrane, il s’agit aussi de stimuler l’entrepreneuriat national et de renforcer l’ancrage local de la richesse générée par le commerce.
Ouverture ciblée et encadrée aux investisseurs étrangers
À l’inverse, le commerce de détail spécialisé à forte intensité de capital demeure accessible aux investisseurs étrangers, mais dans des conditions clairement définies. Ce choix traduit une approche pragmatique consistant à attirer les investissements là où les besoins en capitaux, en technologies et en structuration sont les plus importants. Ce segment concerne généralement des activités nécessitant des infrastructures lourdes, une logistique avancée ou des capacités financières significatives autant de domaines où l’apport extérieur peut constituer un levier de modernisation.
Un délai de transition sous surveillance
Les opérateurs économiques disposent d’un délai de six mois pour se conformer aux nouvelles dispositions. Une période transitoire stratégique, qui devra permettre une mise en conformité progressive sans provoquer de rupture brutale dans l’activité commerciale.
Mais au-delà du calendrier, l’enjeu sera celui de l’effectivité. La capacité de l’administration à faire respecter ces nouvelles règles, dans un environnement où l’informel prédomine, sera déterminante pour la crédibilité de la réforme.
Vulgarisation et accompagnement : un test pour l’administration
Conscient des défis d’appropriation, le Ministère de l’Économie nationale annonce un dispositif de vulgarisation destiné à informer et accompagner les opérateurs. Une démarche indispensable pour éviter les incompréhensions et limiter les résistances.
Ce volet pédagogique pourrait bien être le facteur clé de succès. Car sans une bonne compréhension des nouvelles règles, le risque est réel de voir persister les pratiques antérieures, en marge du cadre légal.
Au-delà de son aspect réglementaire, cette mise en vigueur s’inscrit dans une dynamique plus large de formalisation de l’économie congolaise.
En clarifiant les règles du jeu et en segmentant les activités, le Gouvernement cherche à renforcer la transparence, améliorer la collecte fiscale et sécuriser les investissements.
Reste une inconnue majeure, l’équilibre entre protection du marché local et maintien d’un climat attractif pour les investisseurs. C’est sur cette ligne fine que se jouera, dans les prochains mois, la portée réelle de cette réforme.
AGNES KAYEMBE






















