Finance
Monde : L’évolution des transactions courantes marque la rupture avec la tendance au resserrement (FMI)

Les soldes mondiaux des transactions courantes ont augmenté de 0,6 point de pourcentage du PIB mondial en 2024, un chiffre considérable.
Si l’on corrige ces soldes de la volatilité tenant à la pandémie et à la guerre en Ukraine menée par la Russie, cette évolution marque une nette rupture avec la tendance au resserrement observée depuis la crise financière mondiale et pourrait être le signe d’un changement structurel majeur.
Dans son rapport sur le secteur extérieur publié la semaine dernière, le Fonds monétaire international présente sa dernière évaluation de ces déséquilibres dans les 30 plus grandes puissances économiques, qui totalisent environ 90 % de la production mondiale.
Cette analyse, affirment les experts de la Banque mondiale, est un élément essentiel du mandat du FMI, lequel vise notamment à favoriser l’expansion équilibrée du commerce et de la croissance économique et à promouvoir la coopération monétaire internationale.
Le FMI dit avoir mené à bien une délicate double tâche : déterminer si les soldes courants se situent à un niveau globalement approprié, c’est-à-dire s’ils sont cohérents avec les paramètres fondamentaux et les politiques souhaitables, et s’ils se révèlent excessifs, mettre en évidence les risques à terme pour le pays en question et pour l’économie mondiale.
Dans le cas d’un pays enregistrant un déficit excessif, le principal risque est de voir les primes de risques s’envoler, ce qui le priverait de façon soudaine de son accès au marché et lui imposerait un rééquilibrage brutal et douloureux.
S’il occupe une place importante dans l’économie mondiale ou s’il est très intégré dans cette dernière, le ralentissement qui résulterait de ce rééquilibrage pourrait avoir des répercussions négatives sur d’autres pays.
« Les excédents excessifs soulèvent également des risques. Premièrement, l’existence d’excédents excessifs ici a pour pendant celle de déficits excessifs ailleurs. En comprimant les taux d’intérêt, ces excédents peuvent inciter d’autres pays à emprunter plus que de mesure. Lorsque les taux d’intérêt mondiaux ne peuvent pas s’ajuster à la baisse (situation de trappe de liquidité), les excédents excessifs peuvent déprimer l’activité mondiale, comme je l’ai montré dans un article de recherche. L’accroissement rapide des excédents dans les grands pays peut aussi engendrer de fortes perturbations sectorielles chez leurs partenaires commerciaux et attiser les velléités protectionnistes, ce qui entraîne des conséquences néfastes sur l’économie mondiale. », indique le rapport.
Et d’ajouter : « Souvent, un déficit ou un excédent excessif est le reflet de distorsions internes : par exemple, une politique budgétaire exagérément expansionniste dans les pays en déficit ou des dispositifs de protection sociale insuffisants qui amènent les ménages à accumuler une épargne de précaution trop élevée dans les pays en excédent. Pour déterminer si les soldes courants sont excessifs, il faut effectuer une analyse exhaustive des déterminants fondamentaux de l’épargne et des décisions d’investissement au niveau national et des politiques qui ont une incidence sur ces dernières. L’exercice est imparfait, mais nécessaire ».
D’après l’évaluation portant sur l’année 2024, environ deux tiers de l’accroissement des soldes mondiaux des transactions courantes s’avèrent excessifs. Cette augmentation des soldes excédentaires, la plus importante de ces dix dernières années, est principalement imputable à la Chine (+0,24 % du PIB mondial), aux États-Unis (-0,20 %) et dans une moindre mesure à la zone euro (+0,07 %).
Olivier KAFORO






















